Une Collégiale Saint-Pierre-le-Puellier métamorphosée. Jusqu’au 27 septembre, l’exposition Le design coule de source investit l’église millénaire. Le projet est né d’un dialogue engagé depuis plus de quatre ans entre la Mairie d’Orléans, le réseau Valesens et Louise Rué, ainsi que les acteurs du design local. « Après une première expérience organisée chez Duralex il y a deux ans, l’idée était de franchir une nouvelle étape et d’investir un lieu emblématique du patrimoine orléanais », révèle William Chancerelle, adjoint en charge de la culture.
« La Collégiale était un rêve. Aujourd’hui, ce rêve est devenu réalité », résume Louise Rué, la commissaire d’exposition, par ailleurs coordinatrice à Valesens Orléans et designer indépendante, organisatrice de la France Design Week Orléans. Le choix du lieu n’est pas anodin. Habituellement consacré à des formes d’art plus classiques, l’édifice accueille ici une exposition qui propose de « faire un pas de côté », de toucher et d’interpeller un public le plus large possible, notamment à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. « Le design, c’est bien sûr de l’art, de l’artisanat, mais c’est aussi le point de départ de la réindustrialisation, poursuit William Chancerelle. Cela commence avec des personnes dont le métier est de dessiner des objets, puis avec des industriels qui, à leurs côtés, leur donnent vie. C’est tout l’objet de cette déambulation, véritable chant d’amour aux designers locaux. »
Au total, près de 80 participants ont contribué au projet, principalement issus du territoire régional. Une volonté affirmée de mettre en avant les savoir-faire locaux et de montrer que l’innovation existe aussi à l’échelle d’un territoire.
L’eau comme fil rouge
Comment résoudre les grands défis - économiques, industriels, sociétaux - de notre civilisation ? Comment parler de la transition écologique à travers des projets que tout le monde peut comprendre ? L’exposition qui se veut le plus accessible possible s’articule autour de plusieurs grandes thématiques, avec l’eau comme fil conducteur. Une œuvre de Thomas Wattebled, réalisée à partir d’eau prélevée dans la Loire, donne notamment le ton dès l’entrée.
Le parcours se décompose ensuite en quatre grandes sections : concevoir avec le végétal, contenir l’eau, le défi du plastique et les inondations. Un dernier espace est consacré à la manipulation et à l’expérimentation, pour les familles, mais pas seulement. Un espace pour les grands, les très grands enfants — bref, pour tous ceux qui ont envie de comprendre, de toucher et d’expérimenter.
Quand les déchets deviennent matériaux
Une large place est accordée aux matériaux de seconde vie et au réemploi, faisant la part belle à l’inventivité et à l’ingéniosité. Bois, bambou, verre, calcin… mais aussi objets et équipements issus de l’économie circulaire composent ainsi la scénographie. Celle-ci a été réalisée à 100 % à partir de ressources généreusement fournies par des entreprises locales, parmi lesquelles Duralex, Burban Palette et Panneau Piano, qui ont mis à disposition matériels et matériaux, et par des établissements scolaires à l’image des lycées Paul Gauguin et Charles Péguy. Une scénographie sur mesure, pensée pour Orléans, et une nouvelle manière de concevoir une exposition.
Les rebuts ou déchets peuvent aussi raconter une histoire. Mycélium de champignons, tontes de pelouse, déchets textiles, cuir recyclé, verre ou plastiques issus de produits usagés : les designers présentés expérimentent de nouvelles façons de produire. C’est tout l’intérêt de cette déambulation qui réussit le pari d’étonner, d’émerveiller le visiteur avec des techniques innovantes illustrant combien l’imaginaire peut être sans limites.
Le mycélium, par exemple, peut être cultivé dans des moules pour créer des matériaux légers et compostables. D’autres projets transforment les tontes de pelouse en objets moulés ou donnent une seconde vie à des bouteilles en verre ou des morceaux de pare-brise.
L’impression 3D occupe également une place importante dans le parcours, avec des projets montrant comment cette technologie peut intervenir aussi bien dans la création de motifs que dans la fabrication directe d’objets – notamment dans l’univers de la céramique.
Autre univers insoupçonné : de nombreux déchets – jusqu’aux équipements électroménagers et au mobilier de jardin – sont réduits en fragments de plastique puis transformés en panneaux qui deviennent du terrazzo (carrelage décoratif composé de fragments de pierre naturelle liés par du ciment ou de la résine) et du faux marbre – plus vrais que nature – inspirant les designers.
Sensibiliser aux risques d’inondation
L’un des volets forts de l’exposition concerne le risque d’inondation. Plutôt que de recourir uniquement aux cartes traditionnelles, souvent difficiles à lire pour le grand public, certains designers ont imaginé des objets permettant de représenter de manière concrète les différents scénarios de crue. À Orléans, mais aussi à Paris ou Montpellier, des vases et installations traduisent les données hydrauliques en volumes et en formes. L’objectif est de rendre perceptibles les zones susceptibles d’être touchées et le nombre de personnes potentiellement concernées. Le design devient alors un véritable outil de médiation scientifique, accessible à tous les publics, notamment aux enfants.
Montrer l’invisible
Cette volonté de rendre visibles des phénomènes habituellement abstraits se retrouve dans le travail de Laurent Badier, présent dans le cœur de la Collégiale. À partir de tuyaux en PVC issus de déchets industriels, le designer a imaginé une installation qui évoque les réseaux de circulation de l’eau, tel un véritable labyrinthe. Des miroirs placés au-dessus des tuyaux nous renvoient à notre image et à notre responsabilité. Une manière de rappeler que l’eau qui arrive jusqu’à nos robinets parcourt un long chemin, généralement invisible.
« Le design peut être à la fois une démarche matérielle et un outil de réflexion », résume la commissaire de l’exposition.
Un parcours accessible à tous
La dernière partie de l’exposition est consacrée à la manipulation et à l’expérimentation. Les visiteurs peuvent y construire, assembler, tester et créer leurs propres formes.
Un jeu d’observation permet également aux familles de rechercher des lettres disséminées dans le parcours. Un livret-jeu à transformer en coloriage géant, des visites flash, des visites familiales et des temps de lecture complètent la programmation.
Pendant quinze jours, la Collégiale devient ainsi un laboratoire à ciel ouvert où se rencontrent designers, industriels, artisans, étudiants et grand public.
Une manière aussi de rappeler que, derrière les objets du quotidien, se trouvent des choix de matériaux, des savoir-faire, des innovations et parfois des réponses aux grands défis environnementaux de demain.
Emilie Cuchet
La parole aux artistes
Thomas Wattebled, artiste local membre du collectif Oulan Bator, présente une pièce maîtresse au début du parcours : « C’est l’occasion de montrer un travail qui était jusqu’ici dans mon atelier, quelque chose de très personnel : un « Chagrin ». Le présenter ici change complètement sa perception. Quand on sort de l’atelier, la fontaine paraît déjà immense. Ici, elle prend véritablement toute sa dimension, notamment parce qu’elle se trouve à l’entrée de l’exposition.
Il y a ici une résonance particulière. Comme c’est un travail sur le son, la résonance et l’introspection, l’installer dans un espace aussi chargé de sens est particulièrement important pour moi. Je suis allé chercher l’eau de la Loire. Le son que vous entendez vient réellement de l’eau qui coule de manière continue mais uniquement à l’intérieur de cette fontaine hermétique. Je suis allé chercher des bidons directement dans la Loire, et j’ai rapporté 50 litres d’eau. Je suis arrivé ici en transpirant et j’ai rempli ma fontaine. Ensuite, j’ai lancé la petite télécommande : les 50 litres d’eau de la Loire se mettent à circuler en boucle dans la fontaine. Comme des larmes qui coulent, finalement. L’eau ne jaillit pas de la fontaine, elle est préservée, cachée à l’intérieur.
J’ai toujours été fasciné par les fontaines, mais pas par leur dimension spectaculaire. Je suis davantage attiré par leur côté méditatif : quand on est seul dans un jardin, face à une fontaine. Je trouve qu’il y a quelque chose de triste, de mélancolique, qui m’intéresse. À chaque chagrin, je fais une fontaine… »
Laurent Badier, designer entre Paris et la Sologne, qui crée des pièces de mobilier uniques en France, est notamment présent dans l’exposition notamment avec son installation « Réseaux d’épuisement », dans le cœur de la Collégiale : « Ces tuyaux en PVC ont déjà une histoire. Nous avons choisi de travailler à partir de matériaux issus de de la communication et de l’événementiel. C’est un secteur qui consomme énormément de produits et de matériaux pour des événements qui peuvent parfois ne durer que quelques jours. Ensuite, tout est démonté et pourrait être jeté. De notre côté, nous récupérons systématiquement ces matériaux pour les recycler et les réemployer, afin de montrer ces matériaux sous une forme différente et faire évoluer le regard que l’on porte sur eux.
Et puis, utiliser ces tuyaux pour contenir de l’eau était finalement assez évident, puisque leur fonction première est justement de la transporter. Les miroirs, eux, sont là pour interroger chacun sur sa propre consommation. C’est quelque chose que j’ai commencé à comprendre à l’atelier. Nous avons notamment installé des douches d’appoint et nous nous sommes rendu compte qu’il était possible de prendre une douche avec seulement trois litres d’eau, alors qu’une douche classique peut en utiliser autour de vingt-cinq. On change complètement d’échelle. Cela m’a fait réaliser que l’innovation peut parfois être très simple : il ne s’agit pas nécessairement d’inventer de nouveaux matériaux ou de nouvelles technologies, mais aussi de repenser nos usages et notre manière de consommer. »
Pratique
Exposition Le design coule de source
Jusqu'au 27 septembre
3 Cloître Saint-Pierre le Puellier
Horaire : du mardi au dimanche de 14h à 18h
Livret d'exposition
Visites flash
Comment les designers se réinventent-ils pour être plus responsables, faire face aux enjeux actuels ou encore repenser nos pratiques autour des ressources et milieux naturels ?
Accompagné(e) d'une médiatrice, découvrez l'un des axes thématiques déployés dans l'exposition.
- Samedi 12 et dimanche 13 septembre à 14h et 15h
- Samedi 19 et dimanche 20 septembre à 14h, 15h et 17h
- Samedi 26 et dimanche 27 septembre à 14h, 15h et 17h
Durée : 20 min – Gratuit – Sans réservation – Jauge limitée
Visites en famille
Sais-tu qu'une table peut pousser comme un champignon ? Ou qu'une mousse peut aussi être faite de crevettes ? En famille, explore toute l'inventivité des designers d'aujourd'hui pour, peut-être, être à ton tour le créateur de demain !
- Samedi 19 et 26 septembre à 16h
- Mercredi 23 septembre à 16h
Durée : 45 min – Gratuit – Sans réservation – Jauge limitée
Livret-jeu et espace familles
L'exposition propose un parcours conçu pour les familles. A partir d'un livret-jeu, les enfants sont invités à partir à la recherche des gouttes d'eau évaporées dans l'exposition pour constituer un mot mystère les entraînant vers un espace dédié pour manipuler, construire et expérimenter autour des matières recyclées et de l'eau.
- Gratuit – En continu
- Livret disponible à l'accueil sur demande
Visites des commissaires
Entrez dans les coulisses et dans l'univers des designers et commissaires de l'exposition : sélection des objets et des projets, conceptions de la scénographie éco-conçue… vous saurez tout sur l'exposition ! Dimanche 20 et 27 septembre à 16h
- Jeudi 24 septembre à 16h
- Durée : 45 min – Gratuit – Sans réservation – Jauge limitée
Parcours urbain « Les Résurgences du design »
À l'occasion de France Design Week 2026, le parcours urbain « Les Résurgences du design » invite à découvrir Orléans à travers le regard de ses designers. Prolongeant l'exposition « Le design coule de source », présentée à la Collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, cette déambulation investit commerces, lieux culturels et espaces publics pour faire apparaître le design dans la ville. Objets, mobiliers et installations dialoguent avec leur environnement et témoignent de la vitalité créative du territoire
* Médiathèque d'Orléans, Frac-Centre Val de Loire et une vingtaine d'autres lieux
En septembre