Tendances des recherches actuelles

      Sorties - Loisirs

      le 13/07/2026

      Wanted : le musée des beaux-arts à la recherche des tableaux volés

      A ce jour, 424 tableaux sont portés disparus. Le Musée des beaux-arts lance un appel à témoins à travers une vaste campagne médiatique, inspirée des avis de recherche du Far-West. L’objectif : retrouver ces œuvres, les raccrocher un jour aux murs du musée et rendre une partie de leur patrimoine aux Orléanais qui eux aussi pourront participer aux recherches.

      Vendredi 10 juillet, un jour pas comme les autres dans la grande salle du 19e siècle au Musée des beaux-arts. Olivia Voisin et ses équipes ont convié la presse, non pas pour annoncer une nouvelle exposition, mais pour évoquer des œuvres volées, pillées ou disparues dans les méandres de l’Histoire. 

      Où sont passés les 424 tableaux ? Et parmi eux, les 350 œuvres du musée Paul Fourché, détruit par un incendie en 1940 ?

      « L'une des missions que nous souhaitions développer, comme de nombreux établissements patrimoniaux, concerne les œuvres disparues et les œuvres volées, raconte la directrice. C'est une histoire malheureusement commune à la plupart des musées. Peu d'institutions ont été épargnées par les vols au cours de leur histoire. À Orléans, cette question est particulièrement importante, même si elle renvoie essentiellement à une période ancienne. Fort heureusement, aucun vol récent n'est à déplorer. » Le travail d’identification s’est concentré sur les tableaux : deux années d'enquête minutieuse pour les équipes du musée, lancées sur les traces de ces œuvres évanouies. 

      Parmi les plus grands mystères figure le destin des tableaux du musée Paul-Fourché. Fondé en 1907 grâce à la générosité du collectionneur orléanais passionné d'art Paul Fourché, ce musée occupait l'hôtel de Beauharnais, rue de la Hallebarde, près de la place du Martroi. En 1940, dans le chaos de la débâcle et de l'exode, le bâtiment est abandonné avant d'être ravagé par les flammes. 

      Les 350 tableaux sont-ils réellement partis en fumée ? Pour Olivia Voisin, l'histoire est loin d'être aussi simple. « Par définition, un conservateur n’arrête jamais de chercher tant qu’il n’a pas de preuve de la « mort » du tableau. Éric Moinet, conservateur en chef et directeur du musée dans les années 1990 a essayé de comprendre ce qu’il s’était passé après-guerre. Il a organisé une collecte de témoignages auprès des Orléanais et une photo du musée Paul-Fourché prise avant l'incendie, montrant un bâtiment entièrement vidé de ses œuvres, corrobore son intuition : le musée a bel et bien été pillé », poursuit Olivia, énigmatique. 

      « Notre devoir en tant que musée est de toujours les rechercher et de permettre à tout le monde de pouvoir devenir acteur de cette recherche », Olivia Voisin, directrice des musées d’Orléans

      Grâce aux recherches menées par Éric Moinet puis poursuivies par Corentin Dury, jusqu'à récemment conservateur du patrimoine chargé des collections anciennes, l’équipe du musée a travaillé sans relâche pendant deux ans pour établir une liste la plus complète possible des tableaux volés, permettant de les identifier. « Les collections des musées sont inaliénables et imprescriptibles, rappelle Olivia. Cela implique de poursuivre sans relâche les recherches. Afin d’en faciliter l’identification par tous et favoriser leur retour, cette liste rassemble la totalité des tableaux aujourd’hui manquants et qui figuraient autrefois dans les inventaires et catalogues. Chaque notice compile l’ensemble des mentions trouvées dans les catalogues, les archives et les notes diverses, afin de rendre chaque description la plus exhaustive possible. »

      Ce patient travail porte déjà ses fruits. Depuis deux ans, quatre œuvres spoliées ont retrouvé le chemin du musée. Parmi elles, Le Christ entre saint Paul et Apollos d’Alexandrie, disparu avant 1923 est réapparu sur le marché en 1994. Le musée de Beauvais a accepté de le restituer. Plus récemment, La mort de Roland, a été rendue spontanément en 2026 par un couple d’Allemands qui l’avait acquise sur le marché germanique dans les années 1980 et a compris les risques encourus… 

      « Les mentalités ont changé. Les commissaires-priseurs, les experts, les galeristes, les notaires… tous sont désormais attentifs à ces questions et prêts à coopérer. C'était le bon moment pour publier cette liste. Elle sera diffusée dans toute la France, puis à l'international. Elle redonne une existence concrète à ces œuvres. »

      Mais cette enquête ne se limite pas aux professionnels. Le musée veut désormais associer le public à cette vaste chasse aux œuvres disparues. À l'occasion de sa grande réouverture, les 25, 26 et 27 septembre, les reproductions des tableaux manquants - lorsqu'elles existent - seront accrochées dans les salles correspondant à leur époque. Les visiteurs découvriront ainsi les absents autant que les présents, et pourront, peut-être, reconnaître une œuvre aperçue au détour d'une succession, d'une vente ou d'une collection privée.

      « On ne pourra plus jamais dire qu'on ne savait pas », conclut Olivia Voisin.

      Emilie Cuchet

      Les tableaux restitués au musée :