On l’attendait avec impatience ! Placée sous le signe de la famille, cette saison du CADO en fait voir de toutes les couleurs aux spectateurs. Après Le Roi se meurt, conte baroque et grinçant, Normal, récit d’une famille moderne, et La Blessure et la Soif, traversée par l’embrasement de la passion, Christophe Lidon et son équipe opèrent un virage réjouissant avec la comédie aussi mordante qu’hilarante C’est pas facile d’être heureux quand on va mal. Pour le meilleur… et surtout pour le rire.
Tout est dans le titre… et le pitch ! Cinq trentenaires paumés tentent de survivre à la vie moderne : un couple au bord de la rupture, un psy dépressif, une écolo atteinte d'un cancer, un romantique désabusé… Dès les premières minutes, on plonge tête la première dans l’univers hilarant et touchant de ces cinq Parisiens en quête du bonheur - une mission qui semble tout sauf simple, parce que ce n’est pas facile d’être heureux quand on va mal.
Auteur du spectacle, co-metteur en scène et interprète du naïf Maxime, Rudy Milstein met des mots - parfois crus - sur les maux de toute une génération, avec un humour dévastateur. Entre innocence et lucidité, provocation et tendresse, il ausculte la génération des réseaux sociaux et des applis de rencontre avec une drôlerie corrosive parfaitement ancrée dans notre époque. Malicieux et inventif, il appelle un chat un chat et aborde sans détour la dépression, la solitude ultra moderne, et d’autres sujets sensibles, profonds et universels, à travers des personnages terriblement attachants, qui pourraient être des proches, des amis en fait. Une « trash » thérapie, un antidote au stress qui fait mouche à chaque fois.
En résulte une sorte de Friends à la française mixée à la sauce Woody Allen. Le rythme est enlevé, ponctué de moments chantés ou dansés qui surprennent et séduisent - on pense notamment à la chanson de Bibi, Tout simplement. La distribution sonne juste, les acteurs incarnent à la perfection cette Modern Family. Un succès confirmé : on en ressort avec la pêche !
Emilie Cuchet