« Après six semaines passées en Chine, quel bonheur de retrouver Orléans, l’odeur du café, celle du pain, et surtout le plaisir de travailler à nouveau avec notre orchestre. Nous avons la chance de disposer d’un ensemble remarquable, investi et passionné. Pour un chef d’orchestre, c’est un privilège. »
C’est par ces mots que le directeur musical et chef de l’Orchestre Symphonique d’Orléans, Marius Stieghorst a introduit la présentation de la nouvelle saison placée sous un thème unique : la symphonie. Vibrez de l’intérieur ! Ave Marius !
Une saison entièrement consacrée à la symphonie
De l’époque classique au romantisme, de la modernité aux grands chefs-d’œuvre du 20e siècle, la saison explorera toutes les facettes du genre symphonique.
Symphonies en effectif réduit ou monumental, œuvres avec solistes, grandes fresques orchestrales : l’orchestre entend montrer toute la richesse de ce répertoire.
Cette programmation s’inscrit également dans la perspective de l’année 2027, qui marquera le bicentenaire de la mort de Beethoven. Une célébration à laquelle l’Orchestre Symphonique d’Orléans prendra naturellement part.
Mettre en lumière les musiciens de l’orchestre
Le premier programme de la saison, les 10 et 11 octobre 2026 à la Salle de l’Institut, sera consacré à Mozart.
Après plusieurs années de travail en musique de chambre avec les musiciens de l’orchestre, le directeur musical a souhaité mettre en valeur quatre chefs de pupitre en tant que solistes.
Ils interpréteront la célèbre Symphonie concertante pour vents de Mozart, accompagnés par leurs collègues de l’orchestre. « Aujourd’hui, la relation avec les musiciens a évolué. Il y a davantage d’investissement collectif et une véritable confiance artistique. Cette complicité mérite d’être mise en lumière. »
Le programme s’ouvrira par une courte ouverture de Jacques Ibert, compositeur du 20e siècle, écrite dans l’esprit mozartien. La seconde partie du concert sera consacrée à Louise Farrenc (1804-1875), figure majeure mais encore méconnue de la musique française. Pianiste virtuose et professeure au Conservatoire de Paris pendant plus de trente ans, elle fut également la première femme à obtenir une rémunération équivalente à celle de ses collègues masculins. Sa Symphonie n°2 révèle une écriture originale, entre classicisme et romantisme naissant, évoquant parfois Mozart ou Mendelssohn tout en conservant une identité propre.
« C’est une musique qu’il faut découvrir. Nous sommes fiers de pouvoir la présenter au public orléanais. »
Mendelssohn et Mélanie Bonis à l’honneur
Les 14 et 15 novembre 2026, l’orchestre poursuivra son exploration du romantisme avec la Symphonie n°3 en la mineur « Écossaise » de Felix Mendelssohn.
Cette œuvre monumentale, la dernière symphonie achevée par le compositeur, avait été expressément demandée par les musiciens de l’orchestre. « Cette écriture leur convient parfaitement : elle allie puissance sonore, raffinement et exigence technique. »
Le concert s’ouvrira avec une œuvre orchestrale de Mélanie Bonis (1858-1937), autre compositrice française injustement oubliée.
Découverte grâce aux recommandations des musiciens de l’orchestre, son langage musical oscille entre romantisme, impressionnisme et modernité.
La flûtiste Mathilde Caldérini, première flûte de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, sera l’invitée de ce programme. Lauréate de nombreux concours internationaux, elle interprétera le Concerto pour flûte de Carl Reinecke, œuvre emblématique du répertoire de son instrument.
Un concert de Noël entre Bach et Mendelssohn
Les 19 et 20 décembre 2026, le traditionnel concert de Noël réunira le Chœur Symphonique du Conservatoire d’Orléans et plusieurs solistes vocaux autour d’un dialogue entre Bach et Mendelssohn. Grand admirateur du compositeur allemand, Mendelssohn contribua au 19e siècle à la redécouverte de la musique de Bach, notamment avec la reprise de LaPassion selon Saint Matthieu, en 1829. Un programme dirigé par Jérôme Genza, chef de l’orchestre DÉMOS Orléans Val de Loire.
Beethoven, Elgar et Chostakovitch
L’année 2027 débutera avec un programme consacré aux grandes œuvres nées après des périodes de silence ou de crise, intitulé Renaissances...
Le public découvrira notamment Flammenschrift (« Écriture flamboyante »), œuvre contemporaine inspirée de l’écriture manuscrite de Beethoven. Le programme se poursuivra avec le Concerto pour violoncelle d’Edward Elgar, interprété par Emmanuelle Bertrand, figure majeure du violoncelle français.
Enfin, la Symphonie n°5 de Dmitri Chostakovitch, au final renversant, presque un hymne, viendra conclure la soirée. Composée en 1937 sous la pression du régime soviétique, cette œuvre demeure l’un des témoignages les plus saisissants de la relation complexe entre création artistique et pouvoir politique.
La Neuvième de Beethoven : l’aboutissement d’un cycle
Moment fort de la saison, la Symphonie n°9 de Beethoven sera interprétée au printemps, les 27 et 28 mars.
Cette œuvre monumentale revêt une signification particulière pour l’orchestre. Elle s’inscrit dans la continuité du travail engagé par Jean-Marc Cochereau, ancien directeur musical, disparu en 2011 alors qu’il répétait la Troisième Symphonie de Beethoven.
Depuis son arrivée, l’actuel directeur musical a progressivement repris ce cycle symphonique avec plusieurs chefs invités. « Nous arrivons aujourd’hui au terme de cette aventure avec la Neuvième, sommet absolu du répertoire symphonique. »
Près de quatre-vingts choristes, accompagnés de quatre solistes vocaux, s’’envoleront sur cette interprétation du célèbre Hymne à la Joie.
Un grand projet crossover autour de Majnun
Comme chaque année, la saison se conclura par un projet croisant les genres, les esthétiques et les artistes. Au cœur de ce programme métissé : l’invité d’honneur Majnun, musicien, chanteur et poète sénégalais installé à Orléans depuis plus de vingt ans. Artiste charismatique et inspiré, il est le fondateur du groupe Black Magic Sofas et développe un univers musical nourri d’influences africaines, de jazz, de groove et de musiques du monde.
Ce projet original fera dialoguer son univers artistique avec celui de l’Orchestre symphonique, dans un style indigo afrogroove, sous la direction de Dylan Corlay. Une fin de saison très attendue.
Démos : transmettre la musique aux jeunes générations
La saison se conclura également avec les concerts du programme Démos, dispositif national d’éducation musicale porté par la Philharmonie de Paris.
À Orléans, près de quatre-vingts enfants participent chaque semaine à des ateliers instrumentaux encadrés notamment par les musiciens de l’orchestre.
Le point d’orgue de cette aventure : un concert à la Philharmonie de Paris le 19 juin 2027, suivi d’une représentation à Orléans le lendemain.
« L’objectif est simple : faire découvrir la pratique musicale à des enfants qui n’y auraient pas forcément accès, puis leur donner envie de poursuivre cette aventure au conservatoire ou ailleurs. » Plus de 65 % des participants de la première promotion ont continué leur apprentissage musical après le programme.
Une saison sous le signe du partage
À travers cette programmation ambitieuse, l’Orchestre Symphonique d’Orléans affirme son ambition : faire découvrir les grandes pages du répertoire, mettre en lumière des compositrices encore méconnues, valoriser ses musiciens et transmettre la passion de la musique aux nouvelles générations.
Une saison qui promet de faire vibrer Orléans au rythme de la symphonie.
Emilie Cuchet
