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      le 16/04/2026

      Rencontre émouvante avec Philippe Croizon à Orléans

      A l’occasion de la sortie du film consacré à son incroyable parcours, Pour le meilleur, Philippe Croizon était entouré de sa compagne Suzana Sabino, de la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar et de l’actrice Lili-Fleur Pointeaux pour une rencontre riche en émotions au cinéma Pathé Orléans. Entre confidences inspirantes, souvenirs et regards croisés, le quatuor a levé le voile sur la genèse de ce projet intime, porté par une histoire d’amour et de résilience.

      Comment ce projet est-il né, quelle en est la genèse ?
      Marie-Castille Mention-Schaar (réalisatrice) : Tout a commencé après avoir vu un reportage à la télévision, dans lequel figurait une interview de Philippe. Je l’ai contacté et il m’a raconté sa vie ainsi que ses exploits. Il a accepté de me rencontrer, d’autant qu’il avait déjà vu certains de mes films. Je me suis donc rendue à Angoulême, près de La Rochelle. À mon arrivée chez lui, j’ai rencontré sa compagne, Suzana.
      Je leur ai posé de nombreuses questions sur leur rencontre, leur histoire et la durée de leur vie commune. En découvrant leur parcours et tout ce que Suzana avait accompli, j’ai compris que le véritable sujet du film était là : la mettre en lumière. Philippe était déjà connu, mais Suzana méritait pleinement d’être valorisée pour son engagement, son dévouement envers son mari.
      Après quelques jours passés à leurs côtés, j’ai commencé à écrire le scénario avec mon co-scénariste.

      Et vous, Philippe, comment avez-vous réagi lorsque vous avez reçu cet appel ?
      Philippe Croizon : Je connaissais Marie-Castille, non pas personnellement, mais à travers ses films : Les Héritiers, Le Ciel attendra, Bowling… Et surtout Le Ciel attendra, qui m’avait particulièrement marqué. J’ai accepté immédiatement et j’en ai parlé à Suzana. Je lui ai dit : « Chérie, il est possible qu’un film raconte notre histoire… c’est complètement fou. » Au départ, il s’agissait surtout de raconter la traversée de la Manche. C’est d’ailleurs ce qu’elle a très bien expliqué.
      Puis, quand elle est venue à la maison et qu’elle a rencontré Suzana, quelque chose s’est imposé : il manquait un chapitre. C’est comme ça que l’histoire a vraiment pris forme.
      Toutes nos autres aventures, nous les avons vécues pleinement : nos rêves, la traversée de la Manche, les cinq continents, notre participation au Dakar en tant que pilote… Nous avons mené des équipes et atteint chacun de nos objectifs, malgré les difficultés. 

      Mais ce projet-là était différent. C’était un rêve profondément ancré profondément en nous, presque obsessionnel. Nous nous disions qu’un jour, inévitablement — peut-être même après notre mort, qui sait — quelqu’un finirait par raconter notre histoire d’amour, car elle portait quelque chose d’essentiel à transmettre. Nous y sommes allés sans hésiter, les yeux fermés. 

      Même question pour vous Suzana. Vous étiez plutôt dans l’ombre, et là vous vous retrouvez en pleine lumière. Comment avez-vous réagi ? N’y avait-il pas une forme de gêne, de pudeur ? Parce que toute votre histoire est racontée, jusque dans l’intime…
      Suzana Sabino : Oui, exactement. Au début, cela m’a un peu intimidé. Mais en découvrant les films de Marie-Castille, j’ai compris qu’elle abordait ses projets avec beaucoup de bienveillance. À partir de là, mes inquiétudes se sont progressivement apaisées.

      Elle a choisi un angle très juste : raconter avant tout une histoire d’amour. C’est justement cet amour qui donne toute sa force au film. Elle a aussi su mettre en avant mon rôle d’aidante, un rôle dont on parle encore trop peu dans notre société, alors qu’il est pourtant essentiel.

      Et le choix des acteurs, comment s’est-il fait ? 
      Marie-Castille Mention-Schaar (réalisatrice) : Ce n’était pas simple, d’autant plus qu’il n’existe pas vraiment d’acteur correspondant à la condition physique de Philippe. Mais pour moi, c’était essentiel, en tant que spectatrice avant tout — parce que je le reste quand j’écris, quand je tourne — que le public puisse y croire pleinement. Je me disais que ce serait bien plus touchant, plus inspirant, si je trouvais quelqu’un ayant une condition physique similaire.

      J’ai eu la chance de découvrir Pierre Rabine sur Internet. Je l’ai contacté via Instagram et il m’a répondu. Je suis allée le rencontrer, alors qu’il n’avait jamais joué auparavant. Pourtant, il dégageait une vraie présence, un physique marqué, et une passion évidente pour la natation… tout cela m’a tout de suite parlé.

      Nous avons commencé à travailler ensemble, à lire le scénario et à faire des essais. Puis, presque par hasard, j’ai recontacté une comédienne avec laquelle j’avais déjà collaboré, Lili-Fleur Pointeaux, que j’avais très envie de retrouver. Je lui ai proposé de venir donner la réplique au jeune homme lors des essais.

      À ce moment-là, la production souhaitait, si je retenais Pierre Rabine, qu’il soit entouré d’une actrice plus connue. Et dès l’arrivée de Lili-Fleur, lors de leur première rencontre, j’ai immédiatement senti qu’une alchimie opérait entre eux.
      En outre, j’ai perçu une véritable résonance entre Lili-Fleur et Suzana. Nous avons réalisé des essais sur une demi-journée, et cela m’a convaincue. Je me suis alors battue pour qu’elle obtienne le rôle.
      Beaucoup de réalisateurs n’auraient probablement pas fait ce choix, notamment pour des raisons de budget ou de notoriété, mais pour moi, cela s’est imposé comme une évidence.

      Lili-Fleur Pointeaux (actrice) : Je rêvais d’interpréter ce rôle. Quand Marie-Castille m’a annoncé la bonne nouvelle, j’ai été extrêmement heureuse. J’avais déjà commencé à lire les livres, à me projeter et à imaginer le personnage.

      Lili-Fleur, vous avez beaucoup échangé avec Suzana Sabino ou vous avez aussi voulu vous faire votre propre idée ? 
      Lili-Fleur Pointeaux (actrice) : Au début, j’ai lu l’ensemble des livres sur Philippe. Celui de Suzana m’a particulièrement aidée dans ma préparation. J’ai également visionné de nombreux documentaires ainsi que des vidéos disponibles en ligne. Ensuite, avec Marie-Castille et Pierre, nous sommes allés les rencontrer. Nous avons passé une petite semaine chez eux, en restant sur place… J’avais l’impression de les connaître déjà. Ils sont d’ailleurs extrêmement accueillants.

      Nous avons beaucoup échangé et discuté, ce qui a nourri en profondeur mon travail de préparation. Au fil du temps, nous nous sommes vraiment attachés à eux, comme une évidence. Nous sommes même retournés passer des vacances chez eux cet été.
      Il y a une histoire qui se ressent profondément à l’écran.

      Que connaissiez-vous de l’histoire de Philippe avant d’être contactée ?
      Lili-Fleur Pointeaux (actrice) : Je connaissais surtout son exploit de la traversée de la Manche. Je l’avais vu assez souvent dans les médias. Mais je ne connaissais pas son parcours en détail, ni même l’existence de Suzana.

      Philippe, à l’époque comment avez-vous réussi à réunir les 45 000 euros nécessaires à la traversée de la Manche ? 
      Philippe Croizon : Honnêtement, ça a été l’une des plus grandes difficultés de toutes mes aventures. À ce moment-là, je n’étais pas connu. J’étais en surpoids, et il fallait pourtant que je trouve des financements.
      Je m’entraînais, et en parallèle, dès le matin, je passais mon temps à chercher des contacts d’entreprises. J’appelais, j’essayais de convaincre des personnes de me suivre dans cette aventure. Il a d’abord fallu que je fasse mes preuves avant de pouvoir obtenir mes premiers partenaires.
      Le tout premier a été la régie d’électricité de la Vienne — d’ailleurs, c’est avec eux que j’ai eu mon accident. Dans un premier temps, ils avaient refusé. Je me suis donc déplacé pour rencontrer directement le directeur. Je lui ai présenté mon projet de traversée de la Manche, et ils ont finalement accepté. Mon bateau portait leur nom. C’était mon premier partenaire, et cela avait une valeur immense pour moi.
      Les autres sont arrivés progressivement, au rythme des entraînements et des résultats. Mais il a fallu se battre en permanence. Nous avons organisé des dîners dansants, des lotos… tout ce que nous avons pu imaginer pour financer l’association que nous avions créée pour soutenir ces projets. C’était assez incroyable.

      Au fond, dans toutes ces aventures, la principale difficulté reste toujours la même : le financement. On le voit d’ailleurs un peu dans le film. Une seule paire de prothèses coûte environ 24 000 euros, et il en fallait deux. À cela s’ajoutaient les entraînements, dans le nord comme dans le sud, ainsi que la traversée elle-même. Au final, on arrivait à un budget global d’environ 40 000 euros.

      Comment vos enfants ont-ils réagi à ce projet, puis au film ? Notamment face à l’importance du rôle de leur mère et à l’impact que cela a eu sur eux…
      Suzana Sabino : Ils ont découvert le film comme de véritables spectateurs, et ils ont beaucoup aimé. Bien sûr, cela a ravivé certains souvenirs de leur vie, comme la fameuse « soirée gros mots » ou d’autres moments qui ne figurent pas dans le montage final du film. Mais ils l’ont accueilli de façon très positive.
      Cela leur a aussi fait du bien de prendre conscience de tout ce que j’ai pu apporter à Philippe. De mon côté, j’ai longtemps éprouvé une forme de culpabilité de ne pas avoir été toujours présente pour mes filles. Le film leur a permis de mieux comprendre cela.

      La première fois que vous avez vu le film, comment avez-vous réagi ? Est-ce qu’il y a eu des larmes ?
      Suzana Sabino :  Oui… des sanglots, même. C’était bouleversant. J’ai tellement de souvenirs liés à cette traversée… J’avais vraiment l’impression d’y être à nouveau. Encore aujourd’hui, j’y repense presque tous les soirs.

      Marie-Castille Mention-Schaar (réalisatrice) : J’ai appris après coup que Philippe avait dit à Susanna : « Si jamais je quitte la salle pendant le film, tu ne me retiens pas. » Heureusement que je ne le savais pas avant, sinon j’aurais eu une pression énorme. Déjà que j’étais très stressée à l’idée qu’il n’aime pas le film…

      Philippe Croizon : À la fin, je pleurais à chaudes larmes. Susanna pleurait aussi, et toute la salle était très émue. On s’est regardés… et je me suis dit : j’ai vraiment revécu cette traversée de la Manche.

      Suzana Sabino :  Et puis, il y a quelque chose de très fort : à l’époque, je n’avais pas assisté à l’arrivée.

      Grâce au film, j’ai pu la découvrir enfin. Marie-Castille a réalisé plusieurs de mes rêves : celui d’être sur le petit bateau, au plus près de l’arrivée — alors qu’à l’époque, j’étais restée sur un plus grand bateau pour des raisons de sécurité — et celui de voir mes trois filles présentes lors de ce moment, alors qu’elles étaient en réalité restées à la maison.Pour moi, c’est quelque chose de profondément émouvant et vraiment magnifique.

      Propos recueillis par Emilie Cuchet 

      Pour le meilleur

      Sortie en salles le 22 avril - 1h47 
      Comédie dramatique de Marie-Castille Mention-Schaar 

      Avec Pierre Rabine, Lilly-Fleur Pointeaux, Sandrine Bonnaire

      Le pitch : L’incroyable histoire d’amour entre Philippe Croizon, un homme privé de ses quatre membres et de Suzana, une femme qui va lui redonner l’énergie et la possibilité d’avoir encore des rêves, dont celui de traverser la Manche à la nage.