Ce film est inspiré d'une histoire réelle. Qu’est-ce qui vous a fasciné dans cette trajectoire ?
Jean-Paul Salomé (réalisateur) : Ce qui m’a fasciné, c’est le destin romanesque de cet homme, marqué par son parcours dans la France de l’après-guerre. Ingénieur de formation - il avait étudié en Pologne l’équivalent de Polytechnique -, il se retrouve en France réduit à enchaîner les petits boulots, simplement parce qu’il est polonais et que son diplôme n’y est pas reconnu. C’est à partir de ce rejet qu’il décide de mettre ses compétences d’ingénieur au service d’une activité des plus insolites : il devient faux-monnayeur. Son histoire s’étend sur vingt ans, rythmée par une traque implacable : pendant des années, un même policier ne cessera de le poursuivre.
Et c’est vrai que cet aspect-là m’a particulièrement marqué. Cette histoire repose sur une trame classique des grands films policiers - celle d’un flic qui, par une obstination sans faille, traque un homme pendant des années. Or, c’est justement ce genre de récit qui m’a toujours passionné au cinéma. Ici, cette traque devient le cœur même du film.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là : derrière le faux-monnayeur se cache aussi un père de famille, un homme qui mène une double vie, fabriquant des billets à l’insu des siens. Tout cela offre une matière narrative incroyablement riche, pleine de tensions et de contradictions à explorer.
Depuis combien de temps cette histoire vous trottait-elle dans la tête, et quel a été le déclic pour vous lancer ?
Jean-Paul Salomé : On m’a parlé de ce récit juste après la sortie de La Daronne, il y a quelques années. Dès le départ, j’ai su que ce serait un projet complexe à concrétiser. Il n’y avait pas de livre à adapter : tout était à construire. La documentation sur Bojarski et sur ses faux billets était abondante, mais il n’y avait presque rien sur sa vie familiale, et très peu sur le flic qui l’a traqué pendant des années. Il a donc fallu creuser, imaginer, et écrire un scénario de toutes pièces. Je m’y suis plongé à fond.
C’est un film historique où chaque détail - décors, costumes - est travaillé au millimètre. On sent que ce genre vous passionne.
Jean-Paul Salomé : C’est drôle que vous me disiez cela aujourd’hui, parce que je n’avais plus tourné de film en costume depuis vingt ans. Le dernier, Les Femmes de Londres, se déroulait sous l’Occupation. À l’époque, j’en avais un peu assez : la reconstitution historique me semblait trop exigeante, presque étouffante. J’avais l’impression de dépenser toute mon énergie dans les détails, au détriment de l’essentiel - raconter l’histoire. Cette frustration m’avait poussé à éviter les films d’époque pendant toutes ces années.
Pourtant, en découvrant cette histoire, je me suis dit qu’il fallait bien me confronter à nouveau à ce genre. Peut-être est-ce l’expérience, l’âge, ou surtout une équipe exceptionnelle - avec laquelle je collabore régulièrement - qui m’a permis d’aborder ce projet avec plus de légèreté. Je me sentais enfin prêt à replonger dans la reconstitution historique, sans que cela ne devienne un fardeau.
La préparation a été colossale : décors, costumes, image… Mais une fois sur le plateau, j’ai refusé de me laisser « distraire » par l’époque. Je voulais rester concentré sur l’histoire et les comédiens, sans me faire vampiriser par les détails de reconstitution, comme cela avait pu m’arriver par le passé. Ce qui est amusant, et très gratifiant, c’est que les spectateurs trouvent aujourd’hui la reconstitution formidable - alors que, de mon côté, j’ai justement cherché à m’en détacher pour ne pas perdre de vue l’essentiel : les personnages et leur récit.

