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      le 29/09/2026

      Le musée des beaux-arts révélé

      Le musée des beaux-arts a retrouvé son art moderne et contemporain ! Ce week-end, l’établissement a célébré la réouverture de la totalité de ses collections. Une nouvelle vie pour l’écrin orléanais qui redevient l’un des plus grands musées en région.

      Crédit : J.Grelet

      Le musée réinventé. Le musée transfiguré. Le musée révélé.

      Voir le musée des beaux-arts comme si c’était la première fois, alors que l’on a déjà exploré les étages des dizaines de fois, parcouru inlassablement les allées... Avoir le souffle coupé et le cœur qui bat… Se laisser surprendre par le portrait d’une « jeune paysanne » qui tout à coup dévoile un décolleté plongeant après l’avoir caché avec pudeur sous un fichu pendant des décennies... Être ému par un tableau disparu dans les affres de la Seconde Guerre Mondiale mais matérialisé dans le parcours pour lui redonner toute la lumière qu’il mérite…

      C’est le tour de magie opéré par Olivia Voisin et ses équipes. Après dix ans de longs travaux fragmentés menés en maintenant le musée ouvert, l’établissement célèbre la réouverture de la totalité de ses collections repensées et invite le public à (re)découvrir son parcours désormais au complet et son histoire sous un nouveau jour. 

      8000 m2, 1300 œuvres, six siècles d’art : de 1870 à aujourd’hui, les collections se déploient en totalité sous les yeux des visiteurs ébahis. Le plus grisant se découvre au niveau -1, dans les salles consacrées aux 20e et 21e siècles, qui ont rouvert une grande partie de leurs espaces après six mois de fermeture. Aux côtés de tableaux et sculptures bien connus des visiteurs, de nombreuses œuvres sont sorties des réserves, éclairées sous un jour nouveau ; d’autres ont été restaurées ou se sont invitées dans les collections. Tel est le cas du spectaculaire et monumental néon de Martial Raysse, ReLeBainTurc, ou des bijoux de Calder, ornements visibles nulle part ailleurs, présentés dans le cadre du festival AR(t]CHIPEL, étoiles faisant briller les collections et prolongeant l’ouverture du musée à l’art moderne et contemporain. 

      Se retrouver au musée des beaux-arts et ne vouloir être nulle part ailleurs, justement. 

      Ecrire son histoire 

      Le Comte de Bizemont, Jean Bardin, Eudoxe Marcille, Jean-Baptiste Perronneau, Aignan Thomas Desfriches, Léon Cogniet…

      Ce musée repensé, révélé, est surtout un cri d’amour aux bâtisseurs, directeurs, collectionneurs, donateurs et artistes qui ont façonné son destin. Après son ouverture en 1825, à l’Hôtel des Créneaux, le musée connaît en effet un développement exponentiel tout au long du 19e siècle. Au fil du temps, la collection s’enrichit considérablement, notamment grâce à de très nombreux dons. Il faut alors construire de nouveaux espaces afin de désengorger un musée devenu trop petit pour accueillir toutes ces œuvres.

      Puis survient la guerre, qui constitue un moment tragique dans l’histoire d’Orléans. Le musée des Beaux-Arts est en partie mis à l’abri avant les bombardements, mais le musée Paul Fourché, qui constitue l’une des annexes du musée et qui possède une collection particulièrement riche — environ 350 tableaux et autant de dessins — est intégralement pillé. En 1984, c’est l’ouverture du bâtiment de Christian Langlois, Jean Duthilleul et Pierre Sonrel, que l’on connait aujourd’hui, un bâtiment accolé au nouvel hôtel de ville, démocratique, accessible à tous, sans grandes colonnades ni escaliers monumentaux. 

      Cette ouverture au mitan des années 80 constitue alors une nouvelle page de l’histoire du musée. Tout pour oublier les années troubles, notamment celles de la guerre et des pertes considérables qu’elle a entraînées. 

      Au début des années 1990, Éric Moinet, alors directeur, est le premier à s’intéresser véritablement à l’histoire du musée qu’il essaie d’intégrer au parcours de visite. Une démarche abandonnée à son départ, au profit d’un musée plus linéaire. Lorsqu’Olivia Voisin arrive, en 2016, elle n’a qu’une idée en tête : redonner du sens à cette collection. Au-delà de la simple présentation des œuvres, il faut leur restituer leur histoire. Une quête qui ne va lui laisser aucun repos. 

      « Lorsque je parle de retrouver leur histoire, cela signifie deux choses : réécrire l’histoire du musée, qui s’est révélée infiniment plus riche que tout ce que nous imaginions, mais aussi retrouver l’histoire de chaque œuvre, ne serait-ce que parce qu’une grande partie d’entre elles n’était plus là, confie Olivia. Les pillages qui ont eu lieu pendant la guerre concernent un peu plus de 400 tableaux, auxquels il faut ajouter les sculptures, les dessins et les objets d’art. Certaines de ces œuvres ont disparu, d’autres ont été retrouvées, et toutes appartiennent encore à cette histoire de la collection. »

      Une quête donc, mais un devoir aussi pour la directrice pour qui « les collections appartiennent à tout le monde. »« Toutes les œuvres ne peuvent pas être exposées en même temps et toutes ne peuvent pas être présentées de la même manière. Mais notre responsabilité consiste à trouver les moyens d’en montrer le plus possible et de développer des solutions, notamment grâce à la muséographie. »

      Pièces oubliées sorties des réserves, histoires perdues et retrouvées, restaurations éclatantes, cartels enrichis, codes couleurs et accrochages repensés, éclairages entièrement retravaillés : tout concourt à faire redécouvrir les collections sous un jour nouveau. Il s’agit ainsi de permettre au visiteur non seulement de regarder et d’admirer les œuvres, mais aussi d’en comprendre l’histoire, le parcours, la place dans la collection et, à travers elles, de retrouver toute l’histoire du musée d’Orléans.

      Un musée en mouvement 

      L’expérience de visite est immersive pour le visiteur/voyageur qui se retrouve projeté tantôt au 16e  siècle, tantôt dans la salle des grands formats 17e et 18e siècles ou au cœur de l’accrochage du 18e siècle mêlant de manière intense objets d'art, sculpture et peinture dans toutes les salles. Une plongée immersive dans une histoire étourdissante entre don, acquisition, restauration – plus de 110 œuvres en dix ans –, prêt et redéploiement. « Pour les visiteurs qui viennent toutes les semaines, il y a toujours quelque chose qui change. D'abord parce qu'on prête beaucoup, c'est l'occasion pour les tableaux restitués en réserve de sortir. On envoie aussi beaucoup d’œuvres en restauration. Il y a toujours des rotations. Quand tout sera restauré, ce sera compliqué », plaisante Olivia Voisin.

      Petits trésors de Jacques Boucher, chef d’œuvre de Velázquez – l’un des deux seuls visibles en France –, buste de Jeanne d’Arc par Marie d’Orléans, visage d’une femme saisie par l’effroi de Léon Cogniet, bas-relief de Bandinelli, sculpture de Gaudier-Brzeska…

      Au détour des allées, les merveilles se dévoilent, se répondent et se succèdent, dans un ballet des sens et des couleurs. Aucune œuvre ne ressemble à une autre ; à chaque fois, la surprise est entière, l’émotion intacte. Un chef d’œuvre peut en cacher un autre, parfois même en révéler un autre. Et que dire des histoires qui se cachent derrière les tableaux, souvent aussi étonnantes que les œuvres elles-mêmes ? Longtemps considéré comme une copie et relégué dans les réserves, le « David contemplant une tête de Goliath » de Guido Reni s’est avéré être un véritable original — mieux encore, la première version peinte par l’artiste. De l’ombre à la lumière, le tableau retrouvé. 

      Des histoires comme celles-ci, faites d’enquêtes, de rebondissements et de révélations, le musée en recèle des centaines. Assurément, on n’aura pas assez d’une seule vie pour en explorer les mille et une facettes. 

      Emilie Cuchet

      Visiter le Musée des Beaux Arts