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      le 25/11/2025

      Musée des Beaux-Arts : la passion d’Antoine Béal

      Il était une fois un collectionneur passionné, amoureux de la peinture française du 17e siècle et italienne du 19e siècle, qui vivait au milieu de ses œuvres d’art. Charmé par la rencontre avec Orléans, il vida entièrement son appartement parisien pour présenter, pour la toute première fois, sa collection en entier au musée des beaux-arts. Inoubliable !

      Antoine Béal

      « L’art de transmettre » 

      La nouvelle exposition présentée au musée des beaux-arts, jusqu’au 29 mars, porte bien son nom. Et elle s’insère tout particulièrement dans l’histoire du fleuron orléanais qui fête cette année ses 200 ans. En 1825, le musée - déjà trop petit face à l’afflux de dons - ouvrait en effet grâce à la générosité d’amateurs qui avaient répondu à l’appel du comte de Bizemont pour construire à Orléans un grand musée. Dès 1870, son directeur Eudoxe Marcille avait multiplié par trois les collections ! Depuis les dons n’ont jamais cessé, nourris par la passion et la générosité d’hommes et de femmes qui ont traversé les siècles. Antoine Béal est de ceux-là. Dès l’enfance, il a déjà l’âme d’un amasseur, de timbres, de livres ou encore de puzzles ; et une fois devenu jeune adulte, avec ses premiers salaires de job d’été puis de juge administratif, celui qui fréquente assidûment les musées achète ses premières œuvres. « J’ai craqué pour un dessin du 18e siècle à la Galerie Cailleux dans les années 80 », raconte Antoine, l’œil malicieux. Des dessins vite revendus pour acquérir des paysages d’Italie puis des peintures d’histoire, des toiles de grands maîtres, son goût évoluant et s’affirmant avec le temps. « Cela ne s’est jamais arrêté ! » Sa collection prend toute sa dimension, chaque acquisition est désormais définitive. En 2006, un cap est franchi quand le juge honoraire fait un premier don au musée du Louvre, sous réserve d’usufruit - méthode méconnue qui consiste à offrir une œuvre à un musée tout en conservant la jouissance de l’objet chez soi jusqu’à la date de son choix. Une aubaine pour notre amateur éclairé ! S’ensuivront quatorze autres dons aux musées chers à son cœur : le Louvre, Lyon, Rennes, Montpellier, Amiens, Montargis, Strasbourg… et Orléans. Car en 2008, il a rencontré Olivia Voisin aux Puces dans une autre des galeries qui lui avait valu ses premiers chocs esthétiques et partage depuis sa passion pour la peinture du 19e siècle avec elle. L’histoire est en marche. 

      « En écho à l’histoire des lieux, c’est ce parcours singulier de personnes qui ont développé une passion, une connaissance et un engagement, comme les époux Motais de Narbonne, les Prat, et aujourd’hui Antoine Béal, que nous souhaitons mettre en lumière, souligne Olivia Voisin, directrice des musées orléanais. Au-delà de cette passion dévastatrice, « ce sont surtout de généreux donateurs amoureux des collections publiques, des musées et des conservateurs qui contribuent à faire l’histoire des collections françaises. On voit combien dans le parcours d’Antoine, il y a cette volonté de combler les lacunes des musées, de faire dialoguer les collections entre elles. » 

      Dans un parcours muséographique captivant, la collection entière d’Antoine est ainsi dévoilée, soit une soixantaine de tableaux tous plus magnifiques les uns que les autres, des petits formats comme d’immenses toiles originellement situées dans son salon ou sa cuisine. « Etant donné que je vis entouré de mes tableaux dans mon appartement qui est littéralement recouvert d’œuvres d’art et que j’ai aussi prêté des éléments de mobilier au musée d’Orléans, il se retrouve quasiment vide », sourit le généreux collectionneur qui a déjà racheté deux nouvelles peintures pour se sentir moins seul. 

      Les coups de cœur d’Antoine

      Les œuvres d’art de toute une vie ! Au gré du parcours, vertigineux, le visiteur découvre une galerie de tableaux remarquables achetés sur près de 40 décennies, généreusement donnés par Antoine Béal à différents musées en France. On découvre ainsi son tout premier don sous réserve d’usufruit avec le Chemin dans les rochers à Sassenage de Léon Fleury, « paysagiste romantique curieusement absent des collections du Louvre. » Un oubli aujourd’hui réparé. Le Louvre a également bénéficié d’un autre don extraordinaire de la part d’Antoine avec le chef-d’œuvre l’ange de Foix de Claudius Jacquand. « J’ai eu le coup de foudre en le voyant au début des années 2000 sur un stand de la galerie Descours, se souvient notre ami collectionneur, des étoiles plein les yeux près de 25 ans après sa découverte. Il représente tout ce qui me plaît. J’aime la peinture très élaborée, très léchée, les textures, les velours ; que cela raconte une histoire aussi. »

      Plus loin dans l’exposition, voici La Résurrection de Lazare de Jacques Stella, « un tableau antique totalement dans mes goûts », chantre de la peinture d’histoire et véritable idéal pictural pour Antoine Béal lancé dans une quête insatiable qui lui a valu de construire son goût et son regard. A quelques pas de lui, impossible de résister à un autre chef d’œuvre de l’artiste, représentant des règnes de Louis XIII et Louis XIV, Le Mariage de la Vierge, « merveilleux, équilibré, très raphaélien, l’apothéose de mon goût ! ». Celui qui dort peinture, parle peinture, mange peinture, aime le calme et la volupté d’une toile continue la visite au pays de ses merveilles, s’arrêtant tantôt devant L’Enlèvement de Proserpine de Nicolas Mignard, bijou éclatant d’un peintre majeur longtemps délaissé lui aussi, tantôt devant cette incroyable Odalisque de Francesco Hayez, œuvre emblématique du romantisme italien. Et que dire de l’Obole de la veuve de François-Joseph Navez, qui a conquis l’amateur d’art le soir du vernissage du salon Paris Tableau, grande concession financière et vaste format qui prend une place folle dans l’appartement – et qui viendra compléter les collections orléanaises ! Des anecdotes comme celles-ci, des tableaux incroyables, ses « grands amours », il y en a encore bien d’autres à découvrir dans cette exposition, visible jusqu’au 29 mars 2026.

      Emilie Cuchet 

      Pratique

      Musée des beaux-arts - Place Sainte-Croix - 45000 Orléans

      02 38 79 21 86

      Ouvert du mardi au vendredi : 10h - 18h

      Nocturne le jeudi : 10h - 20h / Dimanche : 13h - 18h

      www.museesorleans.fr / www.instagram.com/mbaorleans/ / www.facebook.com/MBAOrleans

       

      Entrée libre le premier dimanche du mois

      Tarif plein : 8€ / Tarif réduit : 4€

      Abonnement annuel à 15€ (solo) ou 25€ (duo)

      Un billet donne accès gratuitement dans la même journée aux autres musées