« L’art de transmettre »
La nouvelle exposition présentée au musée des beaux-arts, jusqu’au 29 mars, porte bien son nom. Et elle s’insère tout particulièrement dans l’histoire du fleuron orléanais qui fête cette année ses 200 ans. En 1825, le musée - déjà trop petit face à l’afflux de dons - ouvrait en effet grâce à la générosité d’amateurs qui avaient répondu à l’appel du comte de Bizemont pour construire à Orléans un grand musée. Dès 1870, son directeur Eudoxe Marcille avait multiplié par trois les collections ! Depuis les dons n’ont jamais cessé, nourris par la passion et la générosité d’hommes et de femmes qui ont traversé les siècles. Antoine Béal est de ceux-là. Dès l’enfance, il a déjà l’âme d’un amasseur, de timbres, de livres ou encore de puzzles ; et une fois devenu jeune adulte, avec ses premiers salaires de job d’été puis de juge administratif, celui qui fréquente assidûment les musées achète ses premières œuvres. « J’ai craqué pour un dessin du 18e siècle à la Galerie Cailleux dans les années 80 », raconte Antoine, l’œil malicieux. Des dessins vite revendus pour acquérir des paysages d’Italie puis des peintures d’histoire, des toiles de grands maîtres, son goût évoluant et s’affirmant avec le temps. « Cela ne s’est jamais arrêté ! » Sa collection prend toute sa dimension, chaque acquisition est désormais définitive. En 2006, un cap est franchi quand le juge honoraire fait un premier don au musée du Louvre, sous réserve d’usufruit - méthode méconnue qui consiste à offrir une œuvre à un musée tout en conservant la jouissance de l’objet chez soi jusqu’à la date de son choix. Une aubaine pour notre amateur éclairé ! S’ensuivront quatorze autres dons aux musées chers à son cœur : le Louvre, Lyon, Rennes, Montpellier, Amiens, Montargis, Strasbourg… et Orléans. Car en 2008, il a rencontré Olivia Voisin aux Puces dans une autre des galeries qui lui avait valu ses premiers chocs esthétiques et partage depuis sa passion pour la peinture du 19e siècle avec elle. L’histoire est en marche.
« En écho à l’histoire des lieux, c’est ce parcours singulier de personnes qui ont développé une passion, une connaissance et un engagement, comme les époux Motais de Narbonne, les Prat, et aujourd’hui Antoine Béal, que nous souhaitons mettre en lumière, souligne Olivia Voisin, directrice des musées orléanais. Au-delà de cette passion dévastatrice, « ce sont surtout de généreux donateurs amoureux des collections publiques, des musées et des conservateurs qui contribuent à faire l’histoire des collections françaises. On voit combien dans le parcours d’Antoine, il y a cette volonté de combler les lacunes des musées, de faire dialoguer les collections entre elles. »
Dans un parcours muséographique captivant, la collection entière d’Antoine est ainsi dévoilée, soit une soixantaine de tableaux tous plus magnifiques les uns que les autres, des petits formats comme d’immenses toiles originellement situées dans son salon ou sa cuisine. « Etant donné que je vis entouré de mes tableaux dans mon appartement qui est littéralement recouvert d’œuvres d’art et que j’ai aussi prêté des éléments de mobilier au musée d’Orléans, il se retrouve quasiment vide », sourit le généreux collectionneur qui a déjà racheté deux nouvelles peintures pour se sentir moins seul.



