Une explosion de couleurs et de formes aux quatre coins du quartier. À La Source, plusieurs murs racontent désormais une nouvelle histoire. Lancé dans le cadre du budget participatif de la Ville d’Orléans, le parcours de fresques imaginé dans le quartier réunit quatre artistes autour de projets pensés avec les habitants, les élus, les associations et les structures locales. Quatre lieux ont également été fléchés par la collectivité : le gymnase Olympe de Gouges, le centre social Sainte-Beuve, l’école des Guernazelles et le centre social Romain-Rolland - la réalisation de cette fresque commençant ces jours-ci.
Avant de voir les premières couleurs apparaître sur les murs en ce début octobre, les artistes ont travaillé à partir des thèmes proposés. Plusieurs esquisses ont ensuite été soumises au vote des riverains et des élus, permettant de choisir les projets qui allaient être réalisés. Le choix des artistes s’est également fait en fonction des contraintes propres à chaque site : tôle abîmée, grillages, hauteur des murs… « Il fallait des artistes capables de s’adapter à chaque support et de travailler vite », explique Jean-Michel Ouvry, directeur artistique de Sacrebleu à la tête du projet. Abstraction, univers végétal ou sportif, enfance ou encore écologie : chaque fresque possède ainsi son propre univers. Parmi les collaborations originales, l’une d’elles s’appuie notamment sur une œuvre du musée des Beaux-Arts d’Orléans. Une manière de faire dialoguer le patrimoine artistique de la ville avec la création contemporaine et de transformer, au fil des pinceaux et des bombes de peinture, les murs du quartier en véritable parcours artistique.
Damien Mauro, fresque gymnase Olympe de Gouges :
« Jean-Michel m’a proposé de travailler sur cette surface très particulière en tôle, parce que mon travail, à la fois abstrait, coloré et graphique, se prête bien à ce type de support. Pour cette fresque, j’ai donc travaillé principalement à la bombe.
J’étais déjà venu à Orléans pour réaliser le mur des Carmes, et j’ai tout de suite été intéressé par la thématique du gymnase et du sport. J’aime travailler autour de l’abstraction, du jeu des textures et de la gestuelle. Ici, je me suis inspiré des mouvements du corps, des trajectoires et du rythme propres à la pratique sportive, en jouant notamment sur les couleurs.
La grande ligne blanche qui traverse la fresque fait référence à la fois aux traces GPS et au rythme cardiaque. C’était un peu mon défi : traduire graphiquement cette idée de mouvement, d’énergie et de rythme, tout en intégrant une touche de végétal, de nature, avec l’ajout d’un coquelicot.
C’est une œuvre de commande, mais j’ai essayé de conserver mon univers et ma manière de travailler, tout en m’adaptant à la thématique et au lieu. L’intérêt est que l’œuvre interagisse avec le bâtiment, l’environnement et entre dans la vie des habitants »
Missy, fresque place Sainte-Beuve :
« Je connais bien Jean-Michel Ouvry, avec qui j’ai déjà eu l’occasion de collaborer, notamment sur le Loire Art Show. Il a pensé pour moi pour cette fresque, dont la thématique tournait autour de la nature, du végétal et aussi du patrimoine. Nous avons donc choisi de travailler autour des espèces locales que l’on peut trouver dans la région. J’avais proposé deux esquisses : celle-ci, très colorée, et une autre dans des teintes beaucoup plus douces. Je suis finalement très contente que ce soit celle-ci qui ait été retenue, car je n’avais pas encore découvert l’environnement dans lequel elle allait s’inscrire. Je ne savais pas qu’il y avait autant d’établissements culturels à proximité. La fresque trouve vraiment sa place ici et apporte, je trouve, beaucoup de vie.
J’ai aussi eu de nombreux retours des personnes du quartier. Des jeunes sont venus me rencontrer, mais aussi des habitants du bâtiment voisin. Ils sont ravis de voir cette fresque apparaître. Il y a quelque chose de très agréable à voir cette nature foisonnante prendre place au cœur de la ville.
Pour la réaliser, j’ai travaillé avec des pinceaux et de la peinture acrylique pour les fonds et les aplats de couleur. J’ai ensuite utilisé la bombe pour les détails, les traits et pour rehausser certaines parties végétales et animales. Le côté un peu crachoté de la bombe apporte une texture différente, qui contraste avec les aplats plus nets et précis.
On avait aussi cette idée de boîte à outils, de petits cabinets de curiosités. Ces petites cases évoquent des sortes de planches scientifiques dans lesquelles viennent prendre place différentes espèces locales. L’idée était de les présenter tout en les réinterprétant de manière très graphique et contemporaine. »
Nadège Dauvergne, fresque école Guernazelles :
« Pour cette fresque, je suis partie d’un principe que j’applique régulièrement : m’inspirer d’un tableau conservé dans un musée local. J’ai donc échangé en amont avec le musée des Beaux-Arts d’Orléans, avec une orientation autour de la nature, des animaux et de l’écologie. La fresque s’inspire ainsi de Paysage d’Italie de Constant Bourgeois, dont j’ai choisi de reprendre une scène en particulier. Je travaille dans une famille de techniques proches du pointillisme, notamment le divisionnisme et le mélange optique. Les gens pensent souvent au pointillisme parce qu’ils reconnaissent cette vibration de la couleur et cette touche qui rappelle l’impressionnisme ou le néo-impressionnisme. De près, on ne distingue finalement presque plus que les touches de peinture ; il faut prendre du recul pour que l’image apparaisse pleinement.
C’est aussi ce qui est intéressant avec l’art urbain : réussir à créer une continuité avec le lieu. Ici, les arbres qui se trouvent derrière la fresque prolongent le paysage peint et évoquent même, d’une certaine manière, le lac qui se trouve un peu plus loin. C’est cette relation avec l’environnement qui fait, pour moi, toute la magie du projet.
Le fait que la fresque soit réalisée près d’une école est forcément intéressant. Je la vois comme une composition qui s’adresse à tout le monde, mais qui peut être reçue de manière très différente selon les publics. Les enfants ne vont peut-être pas analyser la technique de la même façon, mais ils vont se souvenir de ce qu’ils ont vu. Plus tard, lorsqu’ils découvriront d’autres tableaux ou d’autres formes de peinture, ils pourront faire des rapprochements. Et puis ils ont aussi vu l’artiste travailler, son matériel, les différentes étapes de réalisation. Tout cela participe à leur rapport à la culture et à la peinture.
Ils sont d’ailleurs venus me voir pendant que je travaillais. On a discuté, ils posaient des questions. Il y a même eu un petit jeu avec leur enseignante autour des moutons présents dans la scène. De loin, les enfants les repéraient, mais lorsqu’ils se sont approchés, ils ne voyaient plus que les touches de peinture. C’était assez amusant de les voir essayer de comprendre comment l’image apparaissait. »
Et encore une fresque à venir à l’Aselo Romain Rolland, réalisée par Enora One et Koye, à partir du 5 octobre.
E.Cuchet