La récente actualité atteste de l’ampleur du phénomène. L’inhalation du protoxyde d’azote, ou « gaz hilarant », est devenue « pratique » courante, notamment chez les jeunes. Les dernières statistiques nationales indiquent que 14% des 18-24 ans en ont inhalé, avec un âge médian de la première consommation vers 16 ans.
Face à ce constat, la ville d’Orléans vient de prendre un arrêté sur « la prévention des risques liés à la vente et à l’usage détourné du protoxyde d’azote ». « Depuis le début de l’année, 10 000 bouteilles ont été récupérées (principalement sur l'espace public) et traitées [le double par rapport à 2024], rappelle Serge Grouard, maire d’Orléans. Le chiffre est significatif, et il est de notre responsabilité d’agir. En 2020, nous avions pris un premier arrêté interdisant la vente aux mineurs. Ce nouvel arrêté va plus loin, avec l’interdiction de la vente à tous, à toute heure, sauf aux professionnels (*) qui pourront en justifier. ». L’arrêté renforcé mentionne également l’interdiction totale de détention de cartouches. En cas d'infraction (usage, possession), le contrevenant sera passible d’une contravention de 4e classe pouvant aller jusqu’à 750€, dressée par la police nationale ou la police municipale. « Nous recherchons là un effet préventif et dissuasif. »
Orléans, comme d’autres villes de France, n’est évidemment pas épargnée par le phénomène. Si la vente des cartouches sur les réseaux sociaux reste une problématique – son interdiction ne pouvant être décidée que par l’État –, la Mairie entend bien, avec ces nouvelles directives, mettre un frein à la consommation de protoxyde d'azote. « Les conséquences sont dramatiques, ce gaz crée des dommages pouvant être irréversibles pour le cerveau. Il y a également danger dans la chaîne de traitement, avec des risques d’explosion des cartouches. » Une entreprise spécialisée assure la collecte, l'extraction du gaz et la valorisation des contenants (coût de cette filière : 150 000€).
Les conséquences physiques et psychologiques de l’inhalation du protoxyde d’azote peuvent effectivement être graves, et ce, dès quelques usages : atteintes neurologiques (troubles moteurs, engourdissement des membres, atteinte de la moelle épinière…), troubles hématologiques (carence sévère en vitamine B12, anémie, destruction des globules rouges), troubles psychiatriques (hallucinations dans les cas sévères, crises d’angoisse, confusion…), vertiges, brûlures/gelures au visage… Certains jeunes peuvent consommer jusqu’à 200 cartouches par jour ! Il est à noter que si le consommateur prend des risques pour lui, il peut également faire courir des dangers aux personnes extérieures, par exemple lorsqu'il conduit un véhicule sous l'emprise du « gaz hilarant ».
Face au phénomène, prévention et information s’imposent… La communication ouverte est également importante, en particulier de la part des parents. En effet, afin d’éviter que le jeune ne se renferme sur son addiction, les professionnels préconisent de ne pas chercher à « contrôler » la consommation, mais plutôt d’établir un dialogue et un soutien. Cette démarche peut être couplée à un accompagnement auprès d’associations dédiées. Le CSAPA La Station (Apleat-Acep), par exemple, propose, sur rendez-vous, une information gratuite, individuelle et anonyme aux familles et consommateurs.
(*) Métiers de l’hôtellerie et de la restauration, sur présentation d’un titre professionnel et d’une pièce d’identité
M.Prévost

