Comment est né ce film Les Caprices de l’Enfant Roi ?
Michel Leclerc (réalisateur) : Je voulais réaliser une comédie historique qui retrouve l'esprit des grands films populaires comme ceux de Philippe de Broca, Jean-Paul Rappeneau ou encore La Folie des Grandeurs. J'avais l'impression que les adaptations récentes de Dumas ou de Victor Hugo étaient souvent marquées par beaucoup de sérieux.
Je souhaitais aussi raconter une histoire originale plutôt qu'adapter une œuvre existante. L'idée était de jouer librement avec l'Histoire, comme Dumas lui-même pouvait le faire. En réfléchissant, je me suis rendu compte que le 17e siècle réunissait une multitude de personnages emblématiques que tout le monde connaît : d'Artagnan, Molière, Cyrano de Bergerac, Anne d'Autriche, Louis XIV ou encore la Grande Mademoiselle.
Je me suis amusé à imaginer une intrigue qui les ferait tous se rencontrer. Une sorte d'« Avenger du 17e siècle », où des héros historiques se croisent et vivent une aventure commune.
Ce qui surprend dans le film, c'est cette grande liberté de ton, avec des anachronismes assumés et beaucoup de fantaisie.
Michel Leclerc : C'était précisément l'objectif. Avec une adaptation, on est tenu de respecter un certain cadre. Avec un scénario original, on peut s'autoriser davantage de liberté. Au fond, je crois que le film parle de liberté : liberté de mouvement, liberté de ton, liberté de raconter une histoire.
Comment avez-vous composé cette distribution ?
Michel Leclerc : Comme une recette de cuisine : on cherche les bons ingrédients et la bonne combinaison.
Pour Suzanne, le choix a été évident. Nous avions déjà travaillé ensemble sur Le Mélange des genres. J'avais été frappé par son énergie comique, sa créativité et sa capacité d'invention. Je savais qu'elle apporterait beaucoup de malice à ce personnage de méchante extravagante.
Suzanne de Baecque (comédienne) : J'avais très envie de retravailler avec Michel. J'admire énormément son cinéma et j'avais adoré l'ambiance de troupe sur Le Mélange des genres. Ici, il m'offrait en plus la possibilité de créer un personnage de toutes pièces. Cette liberté est extrêmement rare.
Mon plaisir, c'était de m'amuser et de faire rire Michel derrière le combo. Jouer cette méchante était un véritable terrain de jeu. J'avais l'impression que nous donnions vie aux héros de son imagination.
Votre personnage est très travaillé, notamment dans la voix et la démarche.
Suzanne de Baecque : Tout faisait partie de la création : la voix, la démarche, le maquillage, les costumes. Chaque détail participait à construire ce personnage très excessif.
Michel Leclerc : Je crois que le film est profondément lié à l'enfance. Une fois les costumes enfilés, nous étions tous comme des enfants qui jouent. Il y avait ce plaisir très simple de se dire : « Toi, tu seras d'Artagnan, toi Molière, toi la Grande Mademoiselle. »
Comment avez-vous choisi Franck Dubosc pour incarner d'Artagnan ?
Michel Leclerc : Le personnage est un d'Artagnan vieillissant, un peu vaniteux, parfois ridicule. Franck possède naturellement cette capacité à mêler héroïsme et autodérision.
Pour Cyrano, interprété par Arthus, la démarche était différente. Je voulais sortir du personnage créé par Edmond Rostand pour retrouver le véritable Cyrano de Bergerac. J'en ai fait un personnage plus intérieur, plus mélancolique, presque un clown blanc. J'avais déjà travaillé avec Arthus et je savais à quel point il était sensible et subtil.
Le jeune acteur qui interprète le roi, Nils Hamel, impressionne beaucoup.
Michel Leclerc : Oui, parce qu'il porte en grande partie le film. Il joue à la fois Louis XIV et son sosie, deux personnages totalement différents. Trouver un enfant capable d'assumer cette complexité n'était pas évident.
Suzanne de Baecque : Son rôle est extrêmement difficile. À certains moments, même nous, les comédiens, nous devions nous rappeler quel personnage il incarnait dans la scène.
Michel Leclerc : Il était d'un professionnalisme incroyable. Malgré les contraintes très strictes imposées aux enfants sur les tournages, il voulait toujours rester sur le plateau pour observer. Il était passionné par tout ce qui se passait autour de lui.

