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      le 22/06/2026

      Les Caprices de l’Enfant Roi : entretien cult-ivé

      Entre anachronismes assumés, liberté de ton et goût du jeu collectif, Les Caprices de l’Enfant Roi compose une fresque historique débridée, à découvrir en salles le 24 juin. Nous avons rencontré au Pathé Orléans son réalisateur Michel Leclerc et la comédienne Suzanne de Baecque, qui incarne une méchante savoureuse que le public va adorer détester.

      Crédit : M.CROTTO

      Julia Piaton, Pierre Lottin, Artus, Niels Hamel-Brochen

      Comment est né ce film Les Caprices de l’Enfant Roi ?

      Michel Leclerc (réalisateur) : Je voulais réaliser une comédie historique qui retrouve l'esprit des grands films populaires comme ceux de Philippe de Broca, Jean-Paul Rappeneau ou encore La Folie des Grandeurs. J'avais l'impression que les adaptations récentes de Dumas ou de Victor Hugo étaient souvent marquées par beaucoup de sérieux.

      Je souhaitais aussi raconter une histoire originale plutôt qu'adapter une œuvre existante. L'idée était de jouer librement avec l'Histoire, comme Dumas lui-même pouvait le faire. En réfléchissant, je me suis rendu compte que le 17e siècle réunissait une multitude de personnages emblématiques que tout le monde connaît : d'Artagnan, Molière, Cyrano de Bergerac, Anne d'Autriche, Louis XIV ou encore la Grande Mademoiselle.

      Je me suis amusé à imaginer une intrigue qui les ferait tous se rencontrer. Une sorte d'« Avenger du 17e siècle », où des héros historiques se croisent et vivent une aventure commune.

      Ce qui surprend dans le film, c'est cette grande liberté de ton, avec des anachronismes assumés et beaucoup de fantaisie.

      Michel Leclerc : C'était précisément l'objectif. Avec une adaptation, on est tenu de respecter un certain cadre. Avec un scénario original, on peut s'autoriser davantage de liberté. Au fond, je crois que le film parle de liberté : liberté de mouvement, liberté de ton, liberté de raconter une histoire.

      Comment avez-vous composé cette distribution ?

      Michel Leclerc : Comme une recette de cuisine : on cherche les bons ingrédients et la bonne combinaison.

      Pour Suzanne, le choix a été évident. Nous avions déjà travaillé ensemble sur Le Mélange des genres. J'avais été frappé par son énergie comique, sa créativité et sa capacité d'invention. Je savais qu'elle apporterait beaucoup de malice à ce personnage de méchante extravagante.

      Suzanne de Baecque (comédienne) : J'avais très envie de retravailler avec Michel. J'admire énormément son cinéma et j'avais adoré l'ambiance de troupe sur Le Mélange des genres. Ici, il m'offrait en plus la possibilité de créer un personnage de toutes pièces. Cette liberté est extrêmement rare.

      Mon plaisir, c'était de m'amuser et de faire rire Michel derrière le combo. Jouer cette méchante était un véritable terrain de jeu. J'avais l'impression que nous donnions vie aux héros de son imagination.

      Votre personnage est très travaillé, notamment dans la voix et la démarche.

      Suzanne de Baecque : Tout faisait partie de la création : la voix, la démarche, le maquillage, les costumes. Chaque détail participait à construire ce personnage très excessif.

      Michel Leclerc : Je crois que le film est profondément lié à l'enfance. Une fois les costumes enfilés, nous étions tous comme des enfants qui jouent. Il y avait ce plaisir très simple de se dire : « Toi, tu seras d'Artagnan, toi Molière, toi la Grande Mademoiselle. »

      Comment avez-vous choisi Franck Dubosc pour incarner d'Artagnan ?

      Michel Leclerc : Le personnage est un d'Artagnan vieillissant, un peu vaniteux, parfois ridicule. Franck possède naturellement cette capacité à mêler héroïsme et autodérision.

      Pour Cyrano, interprété par Arthus, la démarche était différente. Je voulais sortir du personnage créé par Edmond Rostand pour retrouver le véritable Cyrano de Bergerac. J'en ai fait un personnage plus intérieur, plus mélancolique, presque un clown blanc. J'avais déjà travaillé avec Arthus et je savais à quel point il était sensible et subtil.

      Le jeune acteur qui interprète le roi, Nils Hamel, impressionne beaucoup.

      Michel Leclerc : Oui, parce qu'il porte en grande partie le film. Il joue à la fois Louis XIV et son sosie, deux personnages totalement différents. Trouver un enfant capable d'assumer cette complexité n'était pas évident.

      Suzanne de Baecque : Son rôle est extrêmement difficile. À certains moments, même nous, les comédiens, nous devions nous rappeler quel personnage il incarnait dans la scène.

      Michel Leclerc : Il était d'un professionnalisme incroyable. Malgré les contraintes très strictes imposées aux enfants sur les tournages, il voulait toujours rester sur le plateau pour observer. Il était passionné par tout ce qui se passait autour de lui.

      Le film semble aussi être une déclaration d'amour au théâtre.

      Michel Leclerc : Absolument. J'ai toujours aimé les films qui parlent du théâtre, comme Les Enfants du Paradis ou Le Dernier Métro. Ce qui m'intéresse, c'est la circulation permanente entre la scène, les coulisses et le public. Les jeux de faux-semblants, les personnages qui se cachent derrière d'autres personnages, tout cela me fascine.

      Michel Leclerc : J'aimerais que les spectateurs ressentent une forme de jubilation. Mon plus beau compliment serait qu'en sortant de la salle, ils se disent : « J'aurais aimé faire partie de cette troupe. »

      Où avez-vous tourné ? 

      Michel Leclerc : Dans plusieurs lieux magnifiques. Le château principal est celui de Brissac, près d'Angers. Nous avons également tourné à Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau et dans la cité Plantagenêt du Mans.

      Comme souvent dans les films historiques, plusieurs sites ont été assemblés pour créer un seul et même univers à l'écran.

      Avez-vous travaillé avec des conseillers historiques ?

      Michel Leclerc : Non. Je me suis évidemment documenté, mais je ne voulais pas être prisonnier de la reconstitution. Je craignais qu'un conseiller historique passe son temps à me dire : « Ça, c'est impossible » ou « Cet anachronisme n'existe pas ».

      Le film repose sur un socle historique réel, mais il revendique pleinement sa liberté. C'est une œuvre de fiction avant tout.

      Suzanne, vous entretenez un lien fort avec Orléans.

      Suzanne de Baecque : Oui. J'ai créé ici mon spectacle autour des concours de Miss France. Toute l'écriture et les répétitions ont eu lieu au Centre dramatique national d'Orléans. J'ai donc passé énormément de temps dans cette ville.

      Je reviendrai d'ailleurs prochainement avec Joachim Fossi pour un nouveau spectacle consacré aux SMS amoureux, actuellement en cours d'écriture.

      Comment le public a-t-il réagi jusqu'à présent ?

      Michel Leclerc : Le film a été présenté à Cannes lors de deux projections, dont une sur la plage. C'était un moment formidable pour toute l'équipe. Mais la véritable rencontre avec le public commence maintenant. Nous allons accompagner le film dans une quinzaine d'avant-premières avant sa sortie nationale, prévue le 24 juin.

      Avez-vous envie de retravailler avec cette équipe ?

      Michel Leclerc : Bien sûr. Au fil des films, des affinités se créent. Quand une aventure se passe aussi bien, on a naturellement envie de retrouver certains comédiens sur de futurs projets.

      Pour l'instant, je ne sais pas encore quel sera mon prochain film, mais cette expérience donne envie de recommencer, ça c’est sûr.

      Propos recueillis par Émilie Cuchet