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      Sorties - Loisirs

      le 01/04/2026

      Le grand frisson avec Arthur Teboul et Baptiste Trotignon

      Le duo de duellistes Arthur Teboul et Baptiste Trotignon a tutoyé les étoiles, mardi 31 mars, à la Scène Nationale.

      Une nuit à Orléans. Magique. Féerique. Presque irréelle.

      Instant suspendu au Théâtre d’Orléans. Lorsque surgissent sur scène, telles deux apparitions, Arthur Teboul, leader magnétique de Feu! Chatterton, et le pianiste Baptiste Trotignon, le temps semble se figer, se contracter. Deux silhouettes élégantes, presque jumelles dans leurs costumes, quelque part entre dandys et crooners. Dans la salle comble de 900 places - où, quelques minutes plus tôt encore, certains espéraient un billet de dernière minute - le silence se fait dense, et même danse. L’attente se transforme en frisson. Quelque chose d’indéfinissable circule déjà.

      Le duo est né d’une évidence : un amour commun pour le répertoire français et le goût du risque, pour l’improvisation. Ce qui n’était qu’un concert unique filmé pour Arte, en 2022, a ensuite pris de l’ampleur - un disque, sobrement intitulé Piano Voix, et une tournée à guichet fermé. Ce soir, cette alchimie - indéchiffrable, insaisissable - saute aux yeux. La voix d’Arthur et le piano de Baptiste font merveille ensemble. Les deux s’entrelacent avec délicatesse comme dans un poème. Les regards se croisent, les corps s’animent : l’un esquisse quelques pas, l’autre tourbillonne autour de son clavier. Deux enfants joyeux, deux artistes animés d’une même flamme. 

      Les classiques renaissent : Je ne peux plus dire que je t’aime de Jacques Higelin, La Rua Madureira de Nino Ferrer, Göttingen de Barbara… Les cœurs s’envolent, les larmes menacent de déborder. 

      Puis viennent les échappées. Trotignon lance une improvisation ; Teboul s’y engouffre, en écriture automatique, et fait surgir une fable absurde, drôle, inattendue. La salle rit, puis se laisse happer à nouveau. Comme une hypnose collective. Une transe. 

      L’émotion effleure à chaque détour, à chaque carrefour. « J’ai repensé au passé et mon cœur s’est mis à battre. J’ai tremblé de l’intérieur » : Jealous Guy (Je ne suis que jalousie), de John Lennon serre la gorge. Plus loin, une version habitée de Weird Fishes (Drôles de poissons) de Radiohead emporte tout sur son passage, convoque les fantômes, les souvenirs, les vertiges. Et Arthur de nous murmurer : « Je ne suis plus qu’un fantôme, je te suis jusqu’au bout du monde. » Sublime et déchirant. Et le public suit, sans réserve, l’âme en émoi, jusqu’au bout. 

      Quand vient la fin, personne ne veut y croire. Ni les artistes - un peu tristes car il s’agit de la toute dernière date de la tournée -, ni la salle. Le public est - vent - debout. Les rappels s’enchaînent. Une chanson douce, La Vie en rose, foudroyante - et enfin Syracuse, murmuré comme une promesse.

      Ce soir-là, à Orléans, il n’était plus seulement question de musique. Mais d’un moment rare, hors du temps, que l’on sait déjà impossible à oublier.

      « J'aimerais tant voir Syracuse, L'île de Pâques et Kairouan, Et les grands oiseaux qui s'amusent à glisser l'aile sous le vent. » Nous, nous aimerions déjà revoir Baptiste et Arthur… 

      Emilie Cuchet