Tendances des recherches actuelles

      Sorties - Loisirs

      le 01/10/2026

      Le Frac-Centre fait son CIRCUS

      Avec CIRCUS, le Frac-Centre prend des airs de chapiteau et entremêle joyeusement architectures foraines et maquettes de Patrick Bouchain, univers miniature Calder, parcours typographique et danse partagée du Collectif ÈS dans une exposition généreuse et ludique, présentée dans le cadre du festival AR(t]CHIPEL jusqu’au 7 mars 2027.

      Crédit : Frac

      A l’impossible nul n’est tenu. Entrez dans l’univers du cirque, de l’art et de l’architecture avec Patrick Bouchain, architecte humaniste et bâtisseur de l’humain, urbaniste et scénographe de renom, qui propose un tour d’horizon de ses œuvres et de son histoire, et nous offre au passage une visite privilégiée de l’exposition, au cœur de son univers :

      Patrick Bouchain : « Le cirque est un moyen d’entrer dans une autre façon de faire de l’architecture »

      Le cirque n’est qu’un élément parmi toutes les choses que j’ai accomplies. Lorsque j’ai fait don de l’ensemble de mon fonds au Frac, il y avait d’ailleurs une situation assez particulière : il n’existait pratiquement pas de maquettes de cirque dans les grandes collections d’architecture. Le Centre Pompidou et le CCA, au Canada, possèdent de très importantes collections, mais le CCA souhaitait récupérer uniquement mes maquettes de cirque. Je leur avais répondu : « Si vous prenez le cirque, vous prenez tout le fonds. » Je ne voulais pas que les maquettes soient séparées de l’ensemble des autres projets. 

      Pour moi, le cirque n’est pas une architecture isolée. Je m’en suis servi comme prétexte pour expérimenter une architecture plus libre, plus participative, plus ouverte. C’est ce qui a conduit Christelle Kirchstetter, directrice du Frac-Centre Val de Loire, à imaginer cette exposition. Le rapprochement avec Calder et le Centre Pompidou s’est ensuite fait très naturellement.

      L’idée est donc de prendre le cirque comme un point d’entrée vers une autre manière de faire de l’architecture. L’exposition réunit douze projets conçus pour l’univers du cirque ou qui en empruntent certaines façons de construire, de faire et d’habiter. Chaque projet expérimente une manière différente de faire de l’architecture. La question de la commande y est aussi essentielle, tout comme le budget, la manière de construire ou encore la relation avec les personnes qui vont utiliser le bâtiment. 

      Le cirque permet d’illustrer cette idée de manière particulièrement évidente. On peut voir un chapiteau s’installer sur un parking : la veille, il ne s’agissait que d’un espace de stationnement ; le soir venu, le lieu s’est transformé en espace de spectacle. Puis, dès le lendemain, le chapiteau peut être démonté et repartir, laissant à nouveau place au parking. Cette situation montre qu’un site peut changer temporairement de fonction sans pour autant changer de propriétaire. Le chapiteau est installé sur un terrain qui n’appartient pas nécessairement à ceux qui l’occupent. Cela ouvre alors une réflexion sur les différentes manières de partager la propriété et l’espace public. 

      Zingaro et l’architecture équestre, Aubervilliers, 1988

      Le théâtre Zingaro est un projet fondateur dans mon travail. Avec Bartabas, nous avons trouvé un terrain non constructible, prévu pour un hôpital au final jamais construit, et réalisé le bâtiment avec un budget qui représentait environ un tiers de ce qui avait été initialement estimé. Le bâtiment était réversible, démontable, mais il ne l’a finalement jamais été. Il est toujours là, plus de trente ans après. C’est devenu un lieu de vie. 

      Le projet est intéressant parce qu’il reprend une forme de cirque équestre assez traditionnelle. Les écuries deviennent les loges des artistes et constituent une partie essentielle du dispositif. Le public passe à proximité des chevaux avant d’entrer dans la salle.

      Mais le véritable enjeu était ailleurs : pouvait-on construire un bâtiment démontable sur un terrain normalement inconstructible ? Le projet a permis de remettre en question cette règle. Le terrain était alors un endroit extrêmement difficile. En y installant le cirque et en y amenant trente-cinq chevaux, nous avons contribué à transformer complètement son environnement.

      Le Dragon de Vent, Rosny-sous-Bois, 2004

      Avec le dragon de bois, la contrainte est encore différente. Un jour, des élèves d’une école de cirque sont venus me voir parce que leur chapiteau avait été emporté par une tempête, pour la deuxième fois consécutive. Ils m’ont demandé si je pouvais les aider à imaginer quelque chose de plus résistant. J’ai alors décidé que le programme du bâtiment serait… le vent. Nous avons donc construit le Dragon de Vent en tenant compte de l’orientation du vent. Le bâtiment est naturellement ventilé.

      Il a été construit en 2004 et se trouve toujours à Rosny-sous-Bois, sur un site particulièrement exposé au vent. C’est un projet dans lequel la contrainte devient le programme. 

      Le Channel, Calais, 2003-2007

      Je me suis ensuite intéressé aux friches industrielles, parce que de nombreuses compagnies occupaient alors, de manière provisoire ou illégale, des bâtiments abandonnés par l’industrie.

      Le projet de la scène nationale présenté ici est particulièrement symbolique. Il s’agissait d’un ancien abattoir situé dans un quartier autrefois consacré à la dentelle, dont les usines avaient progressivement fermé.

      J’ai proposé de réintroduire la vie dans cet ancien lieu de mort grâce à une architecture qui associe précisément l’animal et l’homme : le cirque. J’ai donc démoli le four crématoire que tout le monde voulait conserver et construit, à l’emplacement de l’ancien abattoir, un chapiteau. Puis j’ai réhabilité les bâtiments existants. Le cirque devenait ainsi le lieu qui réintroduisait la vie et la joie dans un ancien site industriel.

      Mais le chantier social et artistique reposait aussi sur le travail des personnes qui construisaient concrètement l’édifice. Beaucoup étaient d’anciens ouvriers de la dentelle, devenus chômeurs à la suite de la fermeture des usines. Certains ont été formés à de nouveaux métiers du bâtiment.

      J’ai voulu documenter leur parcours : leur ancien métier, leur perte d’emploi, leur reconversion et la manière dont ils réinvestissaient leurs savoir-faire dans une nouvelle activité. L’un d’eux, ancien dentellier, est ainsi devenu soudeur. Le chapiteau a en partie été réalisé grâce à cette transmission des savoir-faire.

      Le Plus Petit Cirque du Monde, 2015, Bagneux

      Le projet du Plus Petit Cirque du Monde, à Bagneux, est probablement l’une des expériences les plus fortes que j’ai menées.

      L’association, installée depuis vingt-cinq ans au rez-de-chaussée d’un groupe scolaire et d’un équipement sportif, a obtenu le soutien de l’État pour construire un véritable équipement. J’ai proposé de l’implanter sur un terrain particulièrement difficile, alors occupé par un parking et un lieu de deal. Nous avons fait le choix de construire précisément à cet endroit, sans palissades, en maintenant la présence et les activités de ceux qui occupaient déjà le site. Charpentiers, acrobates, cracheurs de feu et lanceurs de couteaux partageaient le même espace. Il n’y a eu ni vol, ni dégradation, ni incendie. La présence sur le terrain a permis cette coexistence. 

      Cette expérience illustre une conviction plus large : l’espace public est traversé par des usages multiples et parfois conflictuels. Plutôt que de chercher systématiquement à les séparer dans des espaces spécialisés, il est parfois possible de les faire coexister, à condition de négocier et de construire des accords.

      Nous avons d’ailleurs dû négocier avec l’Éducation nationale pour récupérer une partie de son terrain. Le Plus Petit Cirque du Monde représente ainsi, à mes yeux, la quintessence de la dimension sociale et politique de mon travail : construire un lieu en faisant avec l’existant, plutôt qu’en cherchant à l’effacer.

      Le Centre Pompidou Mobile, 2008-2011

      Le Centre Pompidou Mobile partait d’une question simple : peut-on faire circuler des œuvres d’art dans des conditions différentes de celles d’un musée ? L’idée était de prendre de véritables œuvres du Centre Pompidou et de les faire voyager dans différentes villes. Pas des œuvres secondaires : une œuvre de Matisse pouvait être décrochée du Centre Pompidou, transportée et installée dans le Pompidou Mobile.

      En réalité, les œuvres d’art circulent déjà de cette manière. Elles quittent le musée, entrent dans une caisse en bois, montent dans un camion ou un avion, puis arrivent dans un autre musée. J’ai donc imaginé un bâtiment qui reprenait cette logique : une sorte de camion géant, avec une boîte climatisée dans laquelle les œuvres pouvaient être directement installées.

      Ce qui m’intéresse toujours, c’est de retourner les habitudes. On fait généralement les choses d’une certaine manière. Je me demande simplement : « Et si on faisait autrement ? »

      C’est parfois presque interdit, mais c’est justement ce qui me titille. 

      Pour prolonger l’expérience, poussez la porte du Frac-Centre Val de Loire. Jusqu’au printemps, l’exposition CIRCUS réserve son lot de surprises. 

      Emilie Cuchet 

      CV express de Patrick Bouchain

      Patrick Bouchain est architecte, scénographe et urbaniste. Formé à l’École des beaux-arts de Paris, il commence sa carrière dans les années 1970 et enseigne notamment l’architecture et le dessin à l’École Camondo et à l’École des beaux-arts de Bourges. En 1981, il participe à la création de l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI–Les Ateliers).

      Dès les années 1980, il se fait connaître par une pratique de l’architecture qui privilégie la transformation de l’existant, les usages et l’expérimentation plutôt que la construction neuve. Il est notamment l’un des pionniers de la reconversion de friches industrielles et de bâtiments délaissés en lieux culturels et de création. 

      Son parcours professionnel d’une quarantaine d’années est riche d’environ 150 projets. Chaque réalisation se veut unique et au service d’une architecture à Haute Qualité Humaine (HQH). Le credo d’une vie !

      L’exposition en bref

      Pour sa nouvelle saison, le Frac Centre-Val de Loire réunit artistes, designers et architectes autour de l’univers du cirque. 

      Le projet « CIRCUS » présente un film et des photographies sur le Cirque Calder, des architectures de cirque et des architectures foraines de Patrick Bouchain issues de la collection du Frac Centre-Val de Loire, un parcours typographique de Fanette Mellier, une scénographie sobre et joyeuse de Morgan Fortems, et enfin une danse partagée du Collectif ÈS.

      « CIRCUS » est une manifestation associée du projet « AR(t]CHIPEL – Calder au cœur de la France », déployé dans quinze lieux du territoire et organisée par la Région Centre-Val de Loire, en partenariat avec le Centre Pompidou.

      Plusieurs ateliers, rencontres et manifestations culturelles ponctueront l’exposition jusqu’à sa clôture en mars 2027. Faire ensemble ! 

      https://www.frac-centre.fr/expositions/circus/