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      le 02/11/2026

      Le Fantôme de l’Opéra fait frissonner Orléans

      L’enfant du pays, Alexandre Castagnetti, était présent il y a quelques jours au Pathé Orléans pour présenter en avant-première sa relecture contemporaine du chef-d’œuvre de Gaston Leroux. Un fantôme de l’Opéra à la sauce pop et Dark romance pour électriser l’automne.

      Le Fantôme de l'Opéra

      Crédit : SND

      Qu’est-ce qui vous a fasciné dans ce mythe ? Et qu’est-ce qui vous a donné envie d’en proposer une première adaptation française tournée en partie à l’Opéra Garnier, un lieu qui n’avait encore jamais accueilli un tel tournage ?

      Alexandre Castagnetti (réalisateur) : Ce qui m’a donné envie de raconter cette histoire est profondément lié à mon parcours personnel. Mon père était chanteur d’opéra et je suis arrivé en France pour suivre sa carrière, à Orléans, à la fin de l’année 1976. J’avais à peine un an. J’ai donc grandi dans cet univers, avec l’opéra en toile de fond.

      Très tôt, j’ai rêvé de faire du cinéma et, un jour, d’adapter Le Fantôme de l’Opéra. C’était presque une évidence, puisque cet univers faisait partie de mon histoire familiale. Le roman original parle avant tout du chant et d’une chanteuse, Christine, et non de la danse.

      C’est donc un rêve d’enfance, devenu un rêve d’adolescent, qui a fini par se concrétiser. Lorsque j’ai appris que des producteurs souhaitaient adapter le roman, je leur ai immédiatement fait savoir que je travaillais déjà sur le sujet. Les planètes se sont alignées, c’était assez incroyable. Le projet s’est développé très rapidement, avec une fluidité presque magique.

      La musique occupe une place très importante dans le film, mais la danse aussi y apparaît sous un jour nouveau. 

      Alexandre Castagnetti : La musique a toujours occupé une place importante dans ma vie. J’ai fait partie d’un groupe, La Chanson du Dimanche, qui devrait d’ailleurs se reformer pour ses vingt ans, et j’ai composé plusieurs bandes originales de films.

      J’étais donc particulièrement attaché à l’idée de créer une musique originale pour ce projet, mais aussi une véritable œuvre lyrique. C’est Dan Levy  - du duo rock The Do - qui a signé cette musique. Nous avons pris énormément de plaisir à imaginer ensemble cette œuvre fictive du 19e siècle, nourrie également d’influences plus contemporaines. Le résultat est très singulier, avec une identité musicale vraiment originale.

      Pour la chorégraphie, nous avons fait appel à Marion Motin, qui vient du hip-hop et a notamment travaillé avec Stromae, Madonna et Christine and the Queens, avant de collaborer avec le Ballet de l’Opéra de Paris. Nous avons ainsi imaginé une chorégraphie très actuelle, portée par une musique qui évoque la fin du 19e siècle. Ce mélange crée quelque chose de totalement nouveau. La musique, le son et le ballet ont véritablement été pensés pour le grand écran. Nous voulions un film spectaculaire, qui transforme le cinéma en un véritable espace de représentation.

      Le film propose une relecture très contemporaine d'un mythe du 19e siècle. Pourquoi avoir choisi cette approche plutôt qu'une adaptation classique ?

      Alexandre Castagnetti : J’ai toujours considéré cet art comme quelque chose de vivant, en perpétuelle évolution. Lorsque je croise aujourd’hui de jeunes danseurs et danseuses de l’Opéra, âgés de vingt ou vingt-cinq ans, je vois des artistes pleinement ancrés dans leur époque, animés par une véritable envie de création.

      Je tenais donc absolument à proposer une relecture actuelle du mythe, sans tomber dans quelque chose de poussiéreux ou dans une simple logique de remake. Le film est une véritable réinterprétation, y compris dans son histoire.

      Au fond, Le Fantôme de l’Opéra raconte des thèmes universels : la place de l’artiste dans la société, les sacrifices nécessaires à une carrière, la recherche de la perfection artistique, les rivalités et les histoires d’amour impossibles. Ce sont des préoccupations qui traversent toutes les générations d’artistes. Dans notre version, nous suivons une jeune danseuse roumaine qui rêve de devenir étoile. Elle se retrouve confrontée à des choix difficiles, à des rivalités et à des conflits qui peuvent parfois la conduire à se perdre. C’est une histoire éternelle, mais racontée avec les codes et les préoccupations d’aujourd’hui.

       

      Tourner à l’Opéra Garnier était essentiel pour vous. Comment avez-vous fait pour que l’institution vous ouvre ses portes ?

      Alexandre Castagnetti : Cela a été une véritable bataille ! Tout le monde était enthousiaste à l’idée du projet, mais concrètement, obtenir les autorisations et organiser un tournage dans un lieu aussi prestigieux était extrêmement compliqué.

      Nous étions très excités à l’idée de pouvoir filmer à l’Opéra Garnier. C’était une première, et je souhaitais presque ne plus jamais en sortir !

      Lorsque l’on pénètre dans l’Opéra Garnier, on a véritablement le sentiment de basculer dans un autre monde. On part de la lumière naturelle, puis on gravit progressivement les escaliers. La lumière du jour disparaît peu à peu, remplacée par la lumière artificielle. On entre alors dans un univers presque magique, où les époques se mélangent.

      Le grand escalier, notamment, est déjà un décor de cinéma à lui seul. Il ressemble presque à une scène de spectacle. Nous avons d'ailleurs imaginé un ballet qui commence précisément à cet endroit. Cela a beaucoup marqué les équipes de l'Opéra, qui nous ont même confié que nous avions donné de nouvelles idées à leurs chorégraphes !

      Le bâtiment est en lui-même un spectacle total. Entre les sculptures, les dorures, les structures métalliques et les différents espaces architecturaux, on traverse des univers très différents. On passe d'une atmosphère presque Renaissance italienne à des espaces plus inspirés de l'Antiquité, puis à la grande salle rouge et dorée, avant de retrouver la blancheur monumentale du grand escalier.

      Nous avons voulu faire de cette architecture un véritable personnage du film. Le ballet devient ainsi un voyage à travers l'Opéra, jusqu'aux souterrains.

      Le lac souterrain que l'on découvre dans le film existe-t-il réellement sous l'Opéra Garnier ?

      Alexandre Castagnetti : Oui, il existe réellement. En revanche, nous avons dû le reconstruire en studio, car le véritable bassin est beaucoup moins spectaculaire. Il s'agit davantage d'un réservoir, avec un plafond assez bas, et son accès est très réglementé.

      Il faut savoir que ce bassin a été conçu par Charles Garnier pour stabiliser le bâtiment, construit sur un terrain marécageux. Les premières fondations posaient des difficultés et l'architecte a eu l'idée d'utiliser la force de l'eau pour contribuer à stabiliser les murs. Il ne faut donc surtout pas vider ce réservoir !

      C'est finalement le seul grand décor que nous avons entièrement recréé. Pour le reste, nous avons tourné dans de nombreux espaces authentiques de l'Opéra : les salles de répétition, les pièces où sont conservés les costumes et bien d'autres lieux. Nous avons véritablement investi le bâtiment.

      Le choix de vos deux jeunes acteurs principaux, Deva Cassel et Julien de Saint Jean, est particulièrement marquant. Comment les avez-vous trouvés ?

      Alexandre Castagnetti : Nous avons organisé un casting assez classique. Je ne les connaissais personnellement ni l'un ni l'autre.

      J'avais remarqué Julien dans Le Comte de Monte-Cristo. Il m'avait immédiatement frappé, notamment dans les scènes où il avait peu de dialogues. Il possède une intensité dans le regard, une posture et une présence magnétique qui captent immédiatement l'attention. Je voulais vérifier cette impression lors des essais pour le rôle du Fantôme.

      Quant à Deva, je l'avais aperçue dans un film italien, même si son rôle n'était pas particulièrement important. Elle a passé les essais et, très vite, quelque chose s'est imposé. Elle possède une beauté presque classique, un regard rêveur et une façon de se déplacer qui donne parfois l'impression qu'elle flotte au-dessus du sol. Elle avait naturellement cette dimension presque irréelle que je recherchais pour le personnage de la danseuse.

      Tous les deux avaient cette capacité à incarner des personnages iconiques. Et ils étaient très jeunes : Deva, vingt ans à peine, et Julien seulement vingt-deux ans.

      Avez-vous organisé des essais pour vérifier leur alchimie à l'écran, comme cela se fait parfois dans les grandes sagas romantiques ?

      Alexandre Castagnetti : Bien sûr ! Nous avons organisé plusieurs essais avec différents couples, puis une dernière sélection, comme on le fait traditionnellement en casting.

      Ce sont des exercices assez difficiles, car on finit toujours par apprécier plusieurs candidats. Mais parfois, un duo se détache naturellement. On sent qu'il se passe quelque chose de plus fort, quelque chose qui donne immédiatement envie de voir le film.

      Avec Deva et Julien, nous avions cette évidence. Ce n'est pas uniquement une question de beauté physique. On perçoit aussi leur jeunesse, leur fraîcheur et leur intériorité.

      Chez Julien, tout passe d'abord par le regard. Dès sa première apparition, avant même qu'il prononce un mot, il dégage quelque chose de très fort. Nous avons également beaucoup travaillé sa gestuelle.

      Deva, de son côté, possède une dimension rêveuse et presque spirituelle. Elle semble parfois avoir la tête ailleurs, comme si elle n'avait pas complètement les pieds sur terre. Cette particularité correspondait parfaitement à son personnage.

      Autour de ce duo, on retrouve notamment Romain Duris, qui incarne un chorégraphe particulièrement ambigu. Pourquoi avoir pensé à lui ?

      Alexandre Castagnetti : Romain est quelqu'un que je connais très bien, et qui accompagne mon parcours de cinéma depuis longtemps. Je savais également que sa mère était danseuse et qu'il avait une véritable sensibilité pour cet univers.

      Je me suis dit que ce rôle pourrait particulièrement l'intéresser. Je lui ai proposé le projet et il a accepté immédiatement, alors même que nous n'avions jamais travaillé ensemble.

      Il s'est véritablement investi dans son personnage. Il assistait aux cours de danse, observait Marion Motin dans son travail avec les danseurs et enregistrait tout ce qu'il pouvait pour comprendre les gestes, les attitudes et les méthodes d'un chorégraphe.

      Nous avons ensuite retravaillé tout cela ensemble. Je trouve qu'il est extrêmement crédible dans ce rôle, notamment dans la scène où il se retrouve seul avec la jeune danseuse et où sa violence apparaît progressivement.

      Cette relation entre le chorégraphe et son élève est particulièrement troublante. Vous vouliez explorer la question de l'emprise ?

      Alexandre Castagnetti : Oui, mais ce qui m'intéressait avant tout, c'était la volonté de domination d'un maître sur son élève. C'est une relation que l'on retrouve dans de nombreuses œuvres, comme Black Swann ou Whiplash.

      On y découvre des personnages passionnés, admirables dans leur investissement artistique, mais qui peuvent finir par instrumentaliser ceux qu'ils sont censés accompagner.

      Le maître ne voit alors plus vraiment l'être humain en face de lui. Il ne voit qu'un potentiel artistique à développer, parfois à n'importe quel prix.

      J'ai moi-même connu cela, à une petite échelle, après le conservatoire. Romain a également vécu certaines expériences similaires avec des metteurs en scène. Nous en avons beaucoup parlé.

      Ce qui nous intéressait, c'était précisément cette frontière entre l'exigence artistique et l'abus de pouvoir. On entend souvent que la souffrance, la pression ou la violence seraient nécessaires pour atteindre l'excellence. Or, je ne suis pas d’accord avec cela.

      Au contraire, je crois que ce sont les émotions, les rencontres et l'amour que l'on reçoit qui permettent de devenir un bon interprète ou un véritable créateur. Une méthode fondée uniquement sur la contrainte peut certes produire de bons techniciens, mais elle risque aussi de briser quelque chose de beaucoup plus essentiel : l'âme de l'artiste.

      Vous avez également réussi à réunir de véritables étoiles de l'Opéra de Paris, notamment Dorothée Gilbert et Guillaume Diop. Comment s'est passée cette collaboration ?

      Alexandre Castagnetti : C'était extraordinaire de pouvoir les avoir dans le film. Ce sont des artistes exceptionnels, de véritables stars de leur discipline, et il n'est pas facile de les réunir sur un tournage.

      Leurs interventions sont ponctuelles, mais elles participent pleinement à la dimension spectaculaire du film, notamment dans la dernière partie et le ballet final. Guillaume Diop apporte notamment une présence incroyable à son personnage.

      Votre film mélange dark romance, thriller, fantastique et spectacle musical. Comment avez-vous trouvé cet équilibre lors de l'écriture du scénario ?

      Alexandre Castagnetti : Je n'avais pas forcément envie de m'inscrire dans les codes de la comédie musicale traditionnelle. Ce qui m'intéressait, c'était plutôt de faire un opéra au cinéma, un opéra moderne qui se déroule aujourd'hui, avec des personnages contemporains et un univers à la fois spectaculaire, onirique et mystérieux.

      Je voulais que les frontières temporelles disparaissent. On passe de Daft Punk à la musique classique, puis à Billie Eilish. Tout cohabite naturellement.

      Cette sensation vient notamment de mon expérience à l'Opéra Garnier, où j'ai toujours eu l'impression que les époques et les disciplines se mélangeaient. C'est un lieu qui échappe au temps.

      J'avais également en tête le roman que j'avais lu au collège, ainsi que tous mes souvenirs d'enfance dans le monde de l'opéra. J'ai fréquenté les coulisses, les festivals, les répétitions. J'ai découvert des personnages parfois extravagants, des chanteurs impressionnants, des décors étonnants, des cantatrices hautes en couleur…

      C'est un univers un peu fou, presque féerique, qui m'a profondément marqué. Je souhaitais retrouver cette atmosphère, mais en la transposant dans le monde d'aujourd'hui.

      La chorégraphie contemporaine apporte d'ailleurs une énergie qui rappelle certains films de danse comme la saga Step Up. Était-ce une référence assumée ?

      Alexandre Castagnetti : Oui, il y a cette énergie, cette dimension très physique et très actuelle. Marion Motin possède justement cette culture du clip et de la danse contemporaine, avec ses collaborations auprès d’artistes très modernes.

      Mais ce qui m'intéressait, c'était surtout de montrer que ces univers peuvent parfaitement dialoguer avec le ballet classique et l'opéra.

      Il faut être curieux et accepter de sortir des catégories habituelles. La musique classique peut parfaitement rencontrer une chorégraphie contemporaine. Et, finalement, j'espère que le film donnera envie à certains spectateurs de découvrir l'opéra, d'aller voir un ballet ou même de s'intéresser à la danse.

      Je n'ai jamais vraiment aimé les cases. Je ne sais d'ailleurs pas très bien dans quelle catégorie classer ce film ! Il s'adresse à tous ceux qui aiment le spectacle, l'émotion, les univers artistiques et les grandes histoires d'amour.

      Le Fantôme de l'Opéra a déjà inspiré de nombreuses adaptations. Aviez-vous envie de vous inscrire dans cette filiation cinématographique ?

      Alexandre Castagnetti : Bien sûr. Je pense notamment à Phantom of the Paradise de Brian De Palma, qui est un film absolument incroyable, complètement fou dans son approche.

      Il y a aussi les premières adaptations muettes, avec leur esthétique expressionniste, leurs masques et leurs visages déformés, qui ont quelque chose de véritablement fascinant.

      Chaque époque a proposé sa propre vision du Fantôme, avec une identité artistique très forte. C'est aussi ce qui m'intéressait : apporter ma pierre à cet univers, sans chercher à reproduire ce qui avait déjà été fait.

      Propos recueillis par Emilie Cuchet

      Le Fantôme de l’Opéra

      Actuellement en salle

      2h 14min | Drame, Fantastique, Romance 

      De Alexandre Castagnetti 

      Scénario de Alexandre Castagnetti, Camille Fontaine 

      Avec Deva Cassel, Julien De Saint-Jean, Romain Duris

      Synopsis : Dans le Paris d'aujourd'hui, Anastasia, jeune danseuse, intègre le prestigieux Opéra de Paris. Alors qu’elle répète l'Orpheus, un opéra maudit qui aurait été composé par le Fantôme de l'Opéra, elle tombe amoureuse d'un mystérieux pianiste. À l’approche de la première représentation, entre accidents inexpliqués et révélations troublantes, Anastasia se trouve plongée dans une histoire d'amour impossible, à la frontière du réel et du fantastique.