Qu’est-ce qui vous a fasciné dans ce mythe ? Et qu’est-ce qui vous a donné envie d’en proposer une première adaptation française tournée en partie à l’Opéra Garnier, un lieu qui n’avait encore jamais accueilli un tel tournage ?
Alexandre Castagnetti (réalisateur) : Ce qui m’a donné envie de raconter cette histoire est profondément lié à mon parcours personnel. Mon père était chanteur d’opéra et je suis arrivé en France pour suivre sa carrière, à Orléans, à la fin de l’année 1976. J’avais à peine un an. J’ai donc grandi dans cet univers, avec l’opéra en toile de fond.
Très tôt, j’ai rêvé de faire du cinéma et, un jour, d’adapter Le Fantôme de l’Opéra. C’était presque une évidence, puisque cet univers faisait partie de mon histoire familiale. Le roman original parle avant tout du chant et d’une chanteuse, Christine, et non de la danse.
C’est donc un rêve d’enfance, devenu un rêve d’adolescent, qui a fini par se concrétiser. Lorsque j’ai appris que des producteurs souhaitaient adapter le roman, je leur ai immédiatement fait savoir que je travaillais déjà sur le sujet. Les planètes se sont alignées, c’était assez incroyable. Le projet s’est développé très rapidement, avec une fluidité presque magique.
La musique occupe une place très importante dans le film, mais la danse aussi y apparaît sous un jour nouveau.
Alexandre Castagnetti : La musique a toujours occupé une place importante dans ma vie. J’ai fait partie d’un groupe, La Chanson du Dimanche, qui devrait d’ailleurs se reformer pour ses vingt ans, et j’ai composé plusieurs bandes originales de films.
J’étais donc particulièrement attaché à l’idée de créer une musique originale pour ce projet, mais aussi une véritable œuvre lyrique. C’est Dan Levy - du duo rock The Do - qui a signé cette musique. Nous avons pris énormément de plaisir à imaginer ensemble cette œuvre fictive du 19e siècle, nourrie également d’influences plus contemporaines. Le résultat est très singulier, avec une identité musicale vraiment originale.
Pour la chorégraphie, nous avons fait appel à Marion Motin, qui vient du hip-hop et a notamment travaillé avec Stromae, Madonna et Christine and the Queens, avant de collaborer avec le Ballet de l’Opéra de Paris. Nous avons ainsi imaginé une chorégraphie très actuelle, portée par une musique qui évoque la fin du 19e siècle. Ce mélange crée quelque chose de totalement nouveau. La musique, le son et le ballet ont véritablement été pensés pour le grand écran. Nous voulions un film spectaculaire, qui transforme le cinéma en un véritable espace de représentation.
Le film propose une relecture très contemporaine d'un mythe du 19e siècle. Pourquoi avoir choisi cette approche plutôt qu'une adaptation classique ?
Alexandre Castagnetti : J’ai toujours considéré cet art comme quelque chose de vivant, en perpétuelle évolution. Lorsque je croise aujourd’hui de jeunes danseurs et danseuses de l’Opéra, âgés de vingt ou vingt-cinq ans, je vois des artistes pleinement ancrés dans leur époque, animés par une véritable envie de création.
Je tenais donc absolument à proposer une relecture actuelle du mythe, sans tomber dans quelque chose de poussiéreux ou dans une simple logique de remake. Le film est une véritable réinterprétation, y compris dans son histoire.
Au fond, Le Fantôme de l’Opéra raconte des thèmes universels : la place de l’artiste dans la société, les sacrifices nécessaires à une carrière, la recherche de la perfection artistique, les rivalités et les histoires d’amour impossibles. Ce sont des préoccupations qui traversent toutes les générations d’artistes. Dans notre version, nous suivons une jeune danseuse roumaine qui rêve de devenir étoile. Elle se retrouve confrontée à des choix difficiles, à des rivalités et à des conflits qui peuvent parfois la conduire à se perdre. C’est une histoire éternelle, mais racontée avec les codes et les préoccupations d’aujourd’hui.



