Une belle histoire, comme une évidence. Il était écrit que Jacques Dumery, céramiste orléanais qui a notamment appris au contact de Yoland Cazenove, et Michel Gémignani, peintre et conseiller artistique du Grenier à sel, exposeraient un jour ensemble.
« Nous nous côtoyons depuis vingt ans, nous nous sommes rencontrés ici même lors d’un salon des Artistes Orléanais, racontent-ils d’une seule voix. Il y a eu comme un flash entre nous. Au fil du temps, c’est allé crescendo. Nos échanges picturaux se sont nourris mutuellement : nous partagions nos expériences, nos anecdotes, nos regards sur la création et la vie d’artiste. »
Cette complicité artistique de plusieurs décennies, qui a su traverser le temps, trouve aujourd’hui son apogée avec une exposition d’envergure, présentée dans l’écrin de la Collégiale St-Pierre-le-Puellier. Jeu de formes, de couleurs, de matières, d’empilages, Regards croisés porte décidément bien son nom. « Il existe des clins d’œil, des échos subtils entre les œuvres, pour qui sait prêter attention aux détails, sourit Michel. Ce qui nous rassemble, c’est le végétal, la floraison, la nature. »
La matière et le souffle. La terre et la couleur. La force et la délicatesse. Le silence et l’éclat.
Dans un parcours invitant à la contemplation, à se perdre jusqu’au vertige, les pièces s’entrelacent : céramiques miroitantes aux émaux raku ou shino, colonnes élancées et formes totémiques vibrantes, grands formats traversés de fulgurances végétales, compositions abstraites aux transparences mouvantes, matières en tension, pièces minérales et formes à l’empreinte troglodyte, travaux anciens ou totalement inédits… le tout porté par un même souffle. Celui d’un dialogue silencieux, une confrontation interpellante entre la matière et la lumière, où chaque œuvre semble répondre à l’autre. Au-delà du rideau, dans un cabinet de curiosités aussi étonnant que poétique, le voyage se poursuit. Une expérience à part pour mieux comprendre ces deux monstres sacrés de l’art, demeurés pourtant d’une grande simplicité, habités avant tout par le goût du partage, de l’expérimentation et de l’émerveillement.
Emilie Cuchet





