Pouvez-vous nous rappeler les conditions requises pour être donneur d'organes et de tissus ?
Anne Bretagnol, responsable de la Coordination hospitalière de prélèvement d'organes et de tissus :
« Selon la loi, tout le monde est donneur potentiel. Pour ne pas l'être, il faut s'inscrire en ligne sur le registre national des refus de dons d'organes, ou l'exprimer de manière explicite, à l'écrit ou verbalement, auprès de sa famille ou de ses proches. D'où l'importance d'échanger en amont sur le sujet. »
Quels sont les enjeux de cet échange ?
« Quand l'équipe de réanimation intervient après le décès pour un possible don d'organes, à la douleur s'ajoute le questionnement pour les proches. Aussi, exprimer ses volontés à son entourage, que ce soit pour un accord ou un refus de don, peut alléger le poids de la décision finale. Et dire son accord pour un don à sa famille, c'est donner des chances supplémentaires de greffes pour des personnes en liste d'attente, et parfois depuis longtemps. »
Dans quelles circonstances le don d'organes est-il possible ?
« Les donneurs potentiels sont majoritairement des personnes victimes d'un accident vasculaire cérébral grave, sans solutions thérapeutiques. Il y a également les accidentés de la route avec des traumatismes crâniens irréversibles. Enfin, le prélèvement d'organes et de tissus peut être pratiqué dans le cadre du protocole Maastricht III sur un patient décédé après décision médicale d'arrêt des traitements. »
Quels organes et tissus peuvent être prélevés ?
« Le cœur, le foie, les reins, le pancréas, les intestins, les poumons, la peau, les valves cardiaques, les os, les vaisseaux, les cornées peuvent être prélevés chez un patient décédé. Pour rappel, en France, le don est anonyme et gratuit. Cependant, si une famille de donneur souhaite avoir des informations sur l'état de santé de la personne greffée, l'Agence de la biomédecine pourra transmettre des nouvelles mais aucune des parties ne pourra connaître l'identité de l'autre et échanger directement avec elle. Ici, nous sommes sur le principe du don dans sa plus stricte et plus belle signification. Celle de la solidarité et de la générosité pure. »
Quelles sont les étapes d'un don ?
« Après identification du patient comme donneur potentiel par l'équipe de réanimation, la vérification des directives du patient est faite sur le registre des refus, ou auprès des proches. Si l'accord pour le don est donné, on procède à différents examens notamment pour détecter d’éventuelles contre indications. La recherche d'un receveur se fait en temps réel par l'Agence de la biomédecine. En effet, les délais pour conserver la qualité du greffon sont de quelques heures pour les organes, et plus longs, de quelques semaines à quelques mois, pour les tissus. La suite se passe au bloc opératoire pour le prélèvement du ou des organes, en lien avec les équipes médicales et chirurgicales des établissements où sera pratiquée la greffe. Ainsi, un organe prélevé au CHU d'Orléans, établissement d'intervention pour notre secteur, pourra être greffé dans un hôpital de Tours, Strasbourg ou Marseille. »
Combien de dons ont été enregistrés en 2025 ?
« À Orléans, sur 30 donneurs potentiels, 13 ont été prélevés. Le différentiel s'explique par le refus des familles, mais aussi par les contre-indications médicales relevées. Ces 13 donneurs ont permis la transplantation de 41 organes. Et au niveau national, toujours pour la même période, 6 148 greffes ont été réalisées pour 11 754 personnes en liste d'attente active. Ces chiffres démontrent, s'il le fallait encore, les besoins constants et croissants de greffons. »
Votre conférence du 17 juin est donc plus que jamais d'actualité !
« Oui, plus que jamais. Nous l'organisons en prélude à la Journée nationale du don d'organes et de tissus du 22 juin. Elle intègre également le programme d'actions mises en place dans le cadre de la charte Orléans, Ville ambassadrice du don d'organes, signée avec la municipalité le 18 juin 2025. Plus les gens seront informés sur le don d'organes et de tissus humains, plus ils seront sensibles à cette cause, plus des vies pourront être améliorées ou sauvées. Et cela nous concerne tous ! »
Propos recueillis par Maryline Prévost
