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      le 24/09/2026

      CDNO : une nouvelle saison placée sous le signe des frissons

      En compagnie d’artistes et de toute son équipe, Emilie Rousset, artiste et directrice du Centre dramatique national d’Orléans, a dévoilé la nouvelle saison du CDNO devant un public d’ores et déjà conquis. Frissons en perspective pour une année théâtrale qui s’annonce passionnante, pleine de rebondissements et de surprises.

      Crédit : C.Raynaud de Lage

      La Parabole du Seum

      Sturbzep : un grain de folie pour ouvrir la saison 

      La saison s’ouvre avec Sturzep, création de Sophie Perez et de la compagnie du Zerep qui explore depuis près de trois décennies l’objet théâtral, la performance et l’installation. Fidèle à son équipe de comédiens depuis les débuts, la compagnie revendique un théâtre où se croisent le sérieux, l’absurde, la poésie et l’humour, tout en questionnant sans relâche la nécessité de faire du théâtre aujourd’hui. « Je pense que le théâtre, c'est le meilleur endroit pour faire de l'art », confie Sophie, électron libre du Zerep. « Je me suis intéressée à cette fameuse photographie, prise dans les années 1930, qui est censée montrer le monstre du Loch Ness. On sait aujourd’hui que cette image était une supercherie. Elle aurait été réalisée par un gynécologue londonien, Robert Wilson. Je me suis dit que cette histoire était taillée pour nous. » 

      Le point de départ idéal pour un spectacle au grain de folie qui promet de faire décoller les spectateurs de leurs sièges, du 30 septembre au 2 octobre. 

      Quand on dort, on n’a pas faim : grandir autrement 

      Second spectacle de la saison, toujours porté par cette volonté d’insuffler un souffle nouveau et joyeux, Quand on dort, on n’a pas faim, marque la première création d’Anthony Martine qui y livre son cœur et convoque son histoire personnelle. 

      Conte médiéval afro-queer, exploration par le prisme du fantasme, le spectacle puise notamment dans l’expérience de l’artiste au lycée Henri IV et interroge la construction de soi lorsque l’on grandit au milieu de représentations majoritairement blanches et hétéronormées. Très visuelle, la création mêle récit, métamorphose des corps et des voix, références culturelles et réflexion sur les identités. Parmi les figures qui ont nourri son imaginaire, Anthony Martine évoque notamment l’actrice Fanny Ardant et le documentaire Paris Is Burning, consacré à la culture ballroom et aux communautés queer latino et afro-américaines de New York.

      Un spectacle renversant, présenté hors les murs, au Bouillon, centre culturel de l’université d’Orléans, les 13 et 14 octobre. 

      La Parabole du Seum : mythologies pour corps insoumis 

      La saison se poursuit avec Rebecca Chaillon, artiste fidèle au CDNO, qui présente sa nouvelle création, La Parabole du Seum. Fable astrologique mêlant science‑fiction, rituels profanes et politique du corps, le spectacle a notamment été montré au Festival d’Avignon. Inspirée de l’œuvre de l’autrice afro-américaine Octavia Butler, la pièce transpose certaines de ses réflexions sur le territoire de la Seine-Saint-Denis, interrogeant la manière dont des personnes marginalisées inventent de nouvelles formes de communauté et de nouvelles mythologies.

      Sur scène, une équipe de performeurs et performeuses explore la place accordée aux corps qui échappent aux normes dominantes, et les sociétés qu’ils peuvent imaginer, rêver ensemble et construire. 

      Une pièce performative, drôle et engagée, à découvrir les 4 et 5 novembre. 

      Piano man : enquête théâtrale autour d’un fait divers

      Avec Piano man, Marcus Lindeen et Marianne Ségol transforment un fait divers survenu en 2005 en Angleterre en une véritable contre‑enquête théâtrale, proche du cold case. L’histoire d’un homme retrouvé muet sur une plage, vêtu d’un costume trempé, puis capable de dessiner et de jouer du piano, avait fasciné les médias et nourri une mythologie collective autour de son identité. 

      Les artistes ont rencontré plusieurs personnes l’ayant côtoyé — assistante sociale, prêtre, psychologue — pour reconstituer les récits et questionner notre besoin de combler les zones d’ombre. 

      Sur scène, les performeurs/passeurs de mémoire transmettent ces témoignages via oreillettes, mêlant traduction, montage sonore, documentaire et fiction. Le spectacle brouille volontairement les pistes et interroge : qu’est‑ce qui est vrai, qu’est‑ce qui relève de la fiction, et qui est réellement présent sur scène ?  Un sillon que le Centre dramatique national d’Orléans se plait à creuser au fil des saisons.

      Un début de saison entre théâtre, performance et documentaire

      À travers ces premières créations, la saison 2026-2027 affirme une programmation qui fait dialoguer théâtre, performance, musique, danse, arts visuels et documentaire, bouleversant tant le fond que la forme.

      Les artistes invités proposent des univers très différents, mais partagent une volonté commune : questionner notre époque, nos représentations et notre manière de raconter le réel. Cette nouvelle saison entend ainsi faire du CDN un espace de création, de rencontre et d’expérimentation, accessible au plus grand nombre ; une chambre d’écho de nos sociétés, une caisse de résonance du monde dans lequel on évolue.

      Un avant-goût de 2027 : Emilie et sa bande

      La suite de la saison s’annonce tout aussi réjouissante avec la reprise de Rituel 4 – Le Grand Débat, créé en 2018 par Emilie Rousset et Louis Zemmour et rejoué tous les cinq ans.

      La pièce s’appuie sur un cut‑up des débats présidentiels de second tour, recomposés à partir des archives télévisées. Elle observe comment le discours politique s’est adapté au format télévisuel, et comment la télévision elle‑même a évolué au contact de la parole politique : des premiers débats lents et très cadrés des années 1970 aux échanges contemporains, plus rapides, saturés de micros ouverts et de punchlines. Interprété par Laurent Poitrenot et Emmanuel Laffont, devenus maîtres du genre, le spectacle convoque notre mémoire collective et interroge la transformation du média télévisuel, aujourd’hui concurrencé par les formats courts destinés aux réseaux sociaux. À chaque reprise du spectacle, de nouveaux fragments de débats sont intégrés, enrichissant cette forme à la fois documentaire, performative et parfois très drôle, qui se teinte du paysage politique du moment.

      Un rituel à vivre du 5 au 7 janvier. 

      La Caverne : un laboratoire de formes libres

      La Caverne, temps fort inauguré la saison dernière, revient cette année avec la même ambition : proposer des formes atypiques et performatives qui bousculent la narration, le rapport au plateau, la jauge et les formats. Dans l’atelier, la scénographe Nathalie Alloreau a conçu pour le CDNO une installation immersive, L’Antre de la Caverne. Trois spectacles sont annoncés dans le programme, mais la Caverne accueillera aussi, tous azimuts, des ateliers, des rencontres, des lectures et des présentations d’auteurs. Pensée comme un espace de programmation souple, elle permet d’inventer des propositions en décalage avec le rythme traditionnel du théâtre.

      Dans cet antre de la création libre, on pourra notamment découvrir une pépite singulière, Dainas du 3 au 4 février. Un seul-en-scène théâtral et pluridisciplinaire créé et mis en scène par Jonathan Capdevielle et Dimitri Doré. « Je travaille notamment autour de l’autofiction, c’est-à-dire de l’histoire personnelle transformée par la fiction au plateau, à travers différentes formes : les arts plastiques, le chant, la danse, le jeu », raconte Jonathan. De cette fascination pour la quête d’identité de Dimitri, jeune garçon né en Lettonie et adopté en France dans les années 1990, est né un spectacle poétique très personnel, convoquant différents fantômes et différentes voix et dont le corps finit par se dissocier de son histoire personnelle. Autre objet théâtral singulier : Hacer Noche, conversation intime et universelle entre une metteuse en scène et un gardien de nuit aux conditions précaires, qui invite le public à prendre place tout autour d’eux, dans une proximité rare. Enfin, impossible de passer à côté de l’uppercut Cock Cock… Who’s there, performance de docu-fiction multimédia créée et mise en scène par l’artiste Samira Elagoz. Cette œuvre très forte interroge autant l’expérience du traumatisme que ce que l’on choisit d’en faire artistiquement. 

      Une proposition radicale, sans retour, les 5 et 6 février. 

      L’île : un nouveau rendez-vous pour les enfants 

      Entre autres surprises, le CDNO a imaginé un nouveau rendez-vous dédié « aux enfants, aux adolescents, aux jeunes adultes et à tous ceux qui les accompagnent, les parents, grands-parents, beaux-parents, potes de potes, amis d'amis, visiteurs et visiteuses ». 

      Au mois de mai, cap sur l’île, un temps fort auréolé de la magie, qui donnera carte blanche aux artistes Clédat & Petitpierre. Leurs installations ludiques et colorées, Les Tutomouves, leur évocation joyeuse du monde de l’enfance — Funny Game, ou encore Les Baigneurs — inviteront petits et grands à explorer, jouer et rêver.

      Cette année, plus que jamais, régalez-vous avec les propositions du Centre dramatique national d’Orléans. 

      Emilie Cuchet

      Pratique

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