Un monde insoupçonné sous nos pieds…
Grâce à des données archéologiques inédites, l’exposition « Archéologie d’un territoire Loirétain : Saran, 300 000 ans d’histoire » invite les visiteurs à un fascinant voyage de la Préhistoire à nos jours, au Pavillon Culture, 29 boulevard Marie-Stuart à Orléans. Une plongée dans les traces laissées par celles et ceux qui ont façonné ce territoire au fil des siècles.
Le saviez-vous ? Saran occupe une place particulière dans l’histoire de l’archéologie départementale. Le service d’archéologie du Loiret, créé en 2008, y a réalisé certaines de ses premières opérations dès 2009. Dans le cadre de l’aménagement de la ZAC Portes du Loiret, le Département, propriétaire des terrains, a ainsi assuré l’intégralité des fouilles archéologiques préventives, sur près de 22 hectares, entre 2009 et 2021. Et l’histoire continue : de nouvelles interventions sont encore menées aujourd’hui, tandis que les études post-fouille des opérations réalisées précédemment se poursuivent, venant peu à peu enrichir les connaissances sur ce territoire.
Mais l’histoire de l’archéologie à Saran remonte bien plus loin. Dès la fin des années 1960, plusieurs découvertes fortuites ont révélé l’importance du patrimoine enfoui et contribué à une véritable prise de conscience. Lors de la construction du lac de la Médecinerie, en 1968, des fosses de potiers ont notamment été découvertes. Plutôt que de faire disparaître les vestiges, la commune a fait le choix, précurseur, de les préserver et de les étudier, tout en maintenant son projet d’aménagement.
C’est toute l’histoire qui est racontée au fil d’une exposition particulièrement riche. Pour la première fois, celle-ci propose une synthèse d’un vaste ensemble de recherches, réunissant les travaux du Département, de la Ville d’Orléans, de l’INRAP, du CNRS et d’autres services d’archéologie, ainsi que ceux de chercheurs et de bénévoles.
Retracer plusieurs millénaires d’histoire
Son originalité réside dans l’angle choisi : regarder Saran non pas seulement comme une commune aux limites actuelles, mais comme un territoire en constante évolution, dont les contours, les paysages et les usages se sont transformés au cours du temps.
Le parcours, construit sur un fil chronologique, permet d’aborder les différentes facettes de cette histoire : l’environnement paysager et les éléments qui ont structuré le territoire, l’habitat et la vie quotidienne, mais aussi les activités agricoles et artisanales. De la Préhistoire à l’époque contemporaine, l’exposition retrace les différentes occupations humaines, certaines recherches permettant même de remonter jusqu’à 300 000 ans.
Une section est également consacrée aux pratiques funéraires et à la manière dont les populations ont pris en charge leurs morts au fil des différentes époques et ont aménagé leurs espaces funéraires. Au final, Au gré du parcours se dessine ainsi une histoire faite d’une succession d’occupations humaines qui ont façonné, siècle après siècle, le paysage et l'identité du territoire saranais.
La terre cuite, une spécialité saranaise
Parmi les particularités, la production de terre cuite occupe une place majeure. Elle est attestée à Saran du 6e au 20e siècle. Au Moyen Âge, d’importants ateliers y produisent notamment de la céramique, diffusée dans un rayon pouvant atteindre une cinquantaine de kilomètres. Une quarantaine de fours sont aujourd’hui connus pour cette période.
L’ampleur des découvertes témoigne de l’importance de cette activité. L’étude de certains sites a représenté près de 500 000 tessons, soit plusieurs tonnes de matériel archéologique.
La tradition se poursuit jusqu’à l’époque contemporaine. Au début du 20e siècle, Saran compte encore des briqueteries et des tuileries, dont la briqueterie Montjoie, qui fonctionne jusqu’aux années 1950. La terre cuite devient alors une véritable production industrielle destinée notamment aux briques et aux tuiles.
Objets et vestiges
Pour rendre ces périodes accessibles à tous les publics, l’exposition associe données scientifiques, photographies de fouilles, illustrations et aquarelles. Ces dernières permettent notamment de visualiser les paysages anciens.
Le quotidien des populations est également au cœur du parcours. Le plus saisissant : les 200 objets présentés dans les vitrines, issus des découvertes effectuées à Saran par les différents opérateurs archéologiques. Ces vestiges offrent une meilleure compréhension de l’alimentation, de l’agriculture, de l’élevage, du stockage ou encore des activités économiques. Boucles de ceinture, poteries, outils… Parmi les objets les plus spectaculaires figure une tuile-antéfixe retrouvée sur le site du Lac de la Médecinerie, devenue le symbole de l’exposition que l’on retrouve sur l’affiche. Forme emblématique des ateliers de Saran, les antéfixes sont constituées d’une plaque quadrangulaire de 2 à 3 cm d’épaisseur sur laquelle est moulée la figure du Christ. Autre objet remarquable : une fibule gauloise en argent finement décorée. Comparable à une épingle, elle servait à fixer les vêtements ou les pans de tissu. Ces objets ont été utilisés pendant plusieurs périodes, notamment à l’époque romaine et jusqu’au Moyen Âge. La fibule présentée dans l’exposition se distingue par son matériau et la finesse de son décor. Le nettoyage a permis de révéler des motifs qui étaient auparavant invisibles.
L’exposition présente volontairement quelques objets particulièrement spectaculaires, mais ceux-ci ne représentent qu’une petite partie du mobilier étudié par les archéologues. Derrière les pièces les plus remarquables se trouve une immense quantité de matériel plus ordinaire, indispensable pour reconstruire l’histoire du territoire.
Une exposition aux multiples prolongements
Du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h, l’exposition est ouverte à tous, en accès libre et gratuit. Catalogues d’exposition et livrets-jeux sont également proposés aux enfants à partir de 6 ans. Entièrement conçus par des archéologues, les livrets sont directement liés au contenu de l’exposition : chaque activité renvoie aux différents panneaux et permet aux enfants de parcourir l’exposition de manière ludique et interactive.
L’expérience se poursuit grâce à différents dispositifs : QR codes, vidéos, manipulations… Des ateliers « C’est la tuile ! » sont également proposés aux scolaires et aux groupes. Cinq conférences thématiques, ouvertes à tous et sans inscription, viendront compléter cette programmation.
Enfin, l’exposition se prolonge sur Internet grâce à un site accessible par QR code depuis les différents espaces du parcours. Le public peut y retrouver des contenus complémentaires, des illustrations et des informations scientifiques pour approfondir les découvertes et aller plus loin dans l’exploration de ce territoire et de ses 300 000 ans d’histoire.
Emilie Cuchet
Sébastien Jesset, Service d’archéologie de la Ville d’Orléans (SAVO) :
Cette exposition dresse une sorte de bilan intermédiaire, un point d’étape, après plus de 50 ans de recherches archéologiques sur le territoire de la commune de Saran. Ces recherches ont permis de mettre en évidence l’ancienneté de l’occupation humaine, ainsi que sa continuité depuis environ 300 000 ans avant notre ère. Elles permettent également de documenter les liens étroits qui unissent Saran à la ville centre, notamment à travers son développement économique — production, propriété, consommation… — mais aussi sa structuration sociale et politique, qui, dès le 2ᵉ siècle avant notre ère, apparaît étroitement corrélée à celle d’Orléans.
Ainsi, au Moyen Âge, la production céramique à Saran, qui prend alors une dimension quasi industrielle, trouve ses principaux débouchés à Orléans. De même, à l’époque moderne, l’exploitation de la forêt d’Orléans à Saran est principalement organisée et détenue par la bourgeoisie orléanaise.
Bref, les deux territoires fonctionnent de concert : l’un produit, l’autre gère et consomme. Ce modèle semble perdurer au moins jusqu’au 19ᵉ siècle.
Le Service d’archéologie de la Ville d’Orléans a apporté ses connaissances sur ces deux territoires, ainsi qu’une partie du mobilier présenté dans l’exposition, conservé dans nos réserves. Le musée archéologique de la ville conserve en effet d’importantes collections mises au jour sur le site du lac de la Médecinerie. Par ailleurs, le service a fouillé plusieurs sites à Saran, dont le mobilier était encore conservé dans nos locaux et que nous avons mis à disposition pour cette exposition.
Nous participons également au commissariat scientifique de l’exposition et prendrons part aux animations qui l’accompagneront : visites, conférences, ateliers pédagogiques, etc.
Informations pratiques
L’exposition "Archéologie d’un territoire loirétain : Saran, 300 000 ans d’histoire" est visible du 19 septembre 2026 au 19 février 2027, au pavillon culture, 29 boulevard Marie Stuart à Orléans, et du 1er au 17 mars 2027 à la salle des fêtes de Saran, rue du Docteur Payen.
Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9h à 17h
Les week-ends d’ouverture (13h30-18h30) :
- Samedi 19 et dimanche 20 septembre
- Samedi 10 et dimanche 11 octobre
- Samedi 5 et dimanche 6 décembre
- Samedi 6 et dimanche 7 février
- Samedi 13 et dimanche 14 mars 2027
Pendant ces week-ends d'ouverture, des visites guidées exceptionnelles assurées par des archéologues sont proposées gratuitement ainsi que des animations.
Programme de l'exposition (conférences et rencontres)
Les commissaires de l’exposition :
Coline Lejault, Service d’archéologie préventive du Département du Loiret (SAP). Le SAP conduit des opérations archéologiques préventives (diagnostic et fouilles), exerce une expertise pour les collectivités ou les particuliers, assure la recherche et diffuse des connaissances.
Pour cette exposition, le Département du Loiret, porteur principal du projet, assure la création des contenus, la relation avec les scénographes et la gestion des objets archéologiques. Il gère également les médiations proposées et les relations avec les structures externes (écoles, associations...).
Sébastien Jesset, Service d’archéologie de la Ville d’Orléans (SAVO). Les archéologues d’Orléans ont participé à la recherche archéologique sur la commune (fouilles programmées et de sauvetage urgent), notamment concernant les industries de la terre cuite au Moyen Âge. Ils ont participé à la création du contenu de l'exposition.
Amélie Laurent-Dehecq, UMR CITERES-LAT/CNRS. Le LAT a assuré la création et le suivi des contenus de l'exposition ainsi que la conception d'un site internet dédié. Le CNRS a fourni l'aide de ses agents pour la mise en page des livrets scolaires de l'exposition.
Dorothée Lusson, Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) En tant qu'opérateur national d’archéologie préventive, il a conduit de nombreux diagnostics et fouilles avec ses équipes de Saint-Cyr-en-Val (centre de recherches Inrap du Loiret) et de Tours (centre de recherches Inrap d’Indre-et-Loire). Ses agents ont activement contribué à la création du contenu de l'exposition, à sa relecture, ainsi qu'à la mise en page du catalogue d'exposition.
Médiation
Une offre de médiation adaptée à différents publics est proposée. Des animations sont présentes dans l’exposition : manipulations, maquettes, livret-jeux à partir de 6 ans et jeux pour les plus petits. Des créneaux d’accueil de groupes (25/30 personnes maximum) sont disponibles en semaine sur réservation, tout au long de l'exposition. Ces créneaux gratuits se composent d'une visite guidée faite par un médiateur et d'un atelier pédagogique « C’est la tuile ! », qui permet de s’essayer à la fabrication d’une tuile antéfixe médiévale.