Orléans
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Fouilles archéologiques, sous nos pieds, le passé
Depuis septembre 2006, la tête Nord du Pont de l’Europe est le théâtre d’un important chantier archéologique. Objectif : mieux appréhender l’histoire d’Orléans et de ses habitants.
Ossements, sépultures, tessons de céramique, fosses, celliers, citernes, fonds de cabane... Depuis 1998, la zone située à la tête Nord du Engagée par le service régional de l’Archéologie, cette troisième campagne de fouilles menée par l’institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) intervient en amont d’un projet de réaménagement du secteur par la ville d’Orléans. Une douzaine d’archéologues sont à pied d’œuvre depuis septembre et jusqu’en mai afin d’exploiter le site et récolter un maximum d’informations. « Grâce aux précédents chantiers, explique Philippe Blanchard, archéologue et responsable d’opération, on connaît déjà les différentes phases d’occupation du site. » Sorte de résidence aristocratique entourée d’un mur d’enceinte au 8e siècle, il a ensuite accueilli une église, des bâtiments annexes et un hôpital entre les 10e et 11e siècles. « Dans un texte d’archive, continue l’archéologue, nous avons trouvé la mention en 1025 d’une église Sancta Maria Hospitalis, un établissement hospitalier destiné à recueillir les pauvres filles étrangères. » C’est environ à la même période qu’a été construit le cimetière, vaste espace funéraire situé sur l’emplacement de l’actuelle fouille.
Au 12e siècle, la configuration des lieux a été sensiblement modifiée lors de la transformation de l’établissement hospitalier en un prieuré rattaché à l’ordre cistercien de Fontevraud. Sans aucun doute, l’âge d’or du site.
« Le couvent a alors accueilli des hommes et des femmes en des bâtiments séparés. De l’époque précédente, seule l’église a été conservée. Le cimetière a quant à lui été déplacé et considérablement réduit », pour être peu à peu abandonné. Jusqu’au 18e siècle, le prieuré de la Madeleine a oscillé entre des phases de destructions – souvent le fait de guerres – et de reconstructions, avant d’être finalement démoli en 1792.
L’âge d’or de l’Académie
Entre 1 000 et 2 000 sépultures « L’avantage, c’est qu’aujourd’hui nous pouvons donc nous concentrer sur les zones qui nous intéressent uniquement - c’est-à-dire le cimetière médiéval - et ne pas perdre de temps », sourit Philippe Blanchard. Une méthode qui a d’ores et déjà porté ses fruits et permis à l’équipe de fouiller pour l’heure près de 300 sépultures sur un nombre estimé entre 1 000 et 2 000 ; la plupart sont en excellent état de conservation. « Les défunts ont été enterrés à l’intérieur de fosses creusées dans le sol et dotées de couvercles en bois reposant sur des banquettes latérales en pierre, intervient Thierry Massat, adjoint scientifique et technique à l’Inrap. Aucun cercueil n’a été retrouvé. »
Lavée sur place, une partie des ossements sera ensuite envoyée à Tours afin d’être étudiée, avant de revenir à Orléans au service archéologique régional et, qui sait, d’être exposée dans un musée. « Ces travaux nous indiqueront notamment de quelle période ils proviennent précisément », poursuit Thierry Massat, qui, pour l’instant, penche plutôt pour une datation entre le 11e siècle et le 12e siècle. En comparant les résultats obtenus à d’autres ossements, sains ou issus d’hôpitaux, on arrivera à déterminer s’il s’agit d’une population d’indigents ou de malades. » Déjà, on relève quelques indices : nombre d’ossements portent des traces de pathologies, de maladies osseuses, d’arthrose, de problèmes de croissance...
Ces découvertes n’ont pas de prix. Il y a encore quelques années, des milliers de mètres carrés de vestiges disparaissaient sous nos pieds lors de travaux : routes, autoroutes, lignes ferroviaires, bâtiments, terrassements..., sans même que l’on s’en rende compte ! Ensuite est arrivée la loi sur l’archéologie préventive du 17 janvier 2001 qui prévoit l’intervention d’archéologues en préalable aux chantiers d’aménagement portant atteinte au sous-sol, pour effectuer un diagnostic du terrain, et si nécessaire, une fouille. « Le but de l’archéologie préventive est d’enregistrer les données scientifiques et de les analyser afin de les comprendre, avance Philippe Brochard. Il ne s’agit en aucun cas de tout conserver et de bloquer les aménagements ! » Juste un moyen d’enrichir nos connaissances sur les territoires et les sociétés d’antan.
Secrets bien cachés
Avant toute fouille, un diagnostic du terrain doit être prescrit par le service archéologique de la direction régionale des Affaires culturelles, saisi par le préfet de région. « En région Centre, la plupart du temps, un diagnostic est prescrit pour tout projet immobilier, ferroviaire ou routier... », note Philippe Brochard. Concrètement, cette opération consiste à trouver des traces d’occupations humaines, en sondant, avec une pelle mécanique, 5 à 10 % de la surface en travaux.
En cas de résultats positifs, un chantier de fouilles est lancé. Au départ, des moyens mécaniques sont mobilisés pour décaper le terrain et accéder aux différentes couches archéologiques, de la plus récente à la plus ancienne. « Sur le site de la Madeleine, on a repéré des zones blanches et des zones brunes, ces dernières indiquant la présence des sépultures et par conséquent les endroits où creuser », indique Philippe Brochard. Muni de pelles, pioches, truelles, chacun met alors la main à la patte. « C’est un peu comme tourner les pages d’un livre, observe l’archéologue, sauf que l’acte de fouiller est destructeur car pour atteindre une couche, on est obligé de détruire celle du dessus. »
Reste enfin à dégager la sépulture et le squelette, en enlevant la terre autour ; un travail qui peut durer toute une journée. Mais le résultat en vaut la peine. Lors d’une journée portes ouvertes exceptionnelle en février dernier, plus de 2 000 visiteurs – un véritable succès - ont pu accéder au chantier de fouilles et fouler la terre de leurs ancêtres. Elle sera suivie de publications, conférences et autres expositions plus tard, toujours dans le but de diffuser l’information et de mettre en perspective ces découvertes. Et même si les chercheurs ont d’ores et déjà obtenu des réponses à certaines de leurs questions, Orléans n’a pour autant pas encore livré tous ses secrets.
E.Cuchet

