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Orléans, station balnéaire

Baignade, bronzage, jeux dans le sable... Bien avant que les congés payés ne leur accordent la possibilité d'aller sur la côte, les Orléanais avaient découvert les plaisirs de la plage à deux pas de chez eux, sur les rives de la Loire. Retour sur un passé balnéaire oublié.

infos pratiques
Se baigner en Loire ?

pontonUne idée que les mariniers, longtemps seuls utilisateurs du fleuve auraient sans doute trouvée saugrenue, tant ils connaissaient ses dangers. Pourtant, l'une des premières traces d'utilisation formelle du fleuve à des fins de baignade leur est contemporaine. On trouve ainsi en 1838, une déclaration municipale autorisant l'installation d'un bassin de natation « entre la rampe Saint-Aignan et celle de la Tour Neuve » . Constitué de bateaux reliés les uns aux autres, ce bassin était accessible au tarif « d'1 franc pour chaque leçon de natation et de 60 centimes pour un bain. » Soucieuse, par ailleurs, de l'hygiène de ses concitoyens les plus pauvres, la municipalité imposait au gérant que « le dimanche, les bains seraient à 20 centimes dans l'intérêt de la classe peu aisée. »

Il faut attendre près de 70 ans pour qu'un autre entrepreneur se lance dans l'aventure des bains ligériens. En 1903, la ville d'Orléans signe un contrat avec Alfred-Joseph Pelle, baigneur, autorisant la construction d'un établissement de bains, dit « Ecole de natation » sur la Loire en amont du pont George V. Cette piscine comprenait un petit bassin de 8 mètres de longueur avec plancher et un grand bain de 25 mètres entouré de filets fixés au fond du fleuve. Un tremplin, un gymnase, une buvette, des cabines finissent d'assurer le confort des baigneurs qui peuvent aussi louer peignoirs, maillots, caleçons et serviettes. Ouverte du 1er juin au 1er octobre, l'école est tenue de donner gratuitement des leçons de natation aux élèves des écoles communales et aux enfants de l'orphelinat Serenne contre une subvention de la Ville de 2 800 francs.

Bien que les baigneurs se plaignent à de nombreuses reprises de la propreté de l'eau, souillée par les rejets des égouts tout proches, l'école sera le principal lieu de baignade et d'apprentissage de la natation pour tous les Orléanais jusqu'en 1937. Ainsi, dans un rapport à la commission des finances de la ville daté de 1927, Alfred-Joseph Pelle estime ses entrées à plus de 35 000 par an et demande une augmentation de la subvention municipale sous prétexte « que cet établissement attire de plus en plus les jeunes gens (...). Il convient donc d'encourager la jeunesse orléanaise en lui donnant les moyens de cultiver le sport nautique dont les bienfaits sont divers et très grands. »

Près des pavés, la plage

plage Parallèlement à ces bains de Loire « en bassin » se développent les bains « en pleine eau » et surtout une utilisation des bancs de sable et du duit qui n'a rien à envier aux plages de bord de mer. Dès 1920, l' « Œuvre des enfants aux plages de la Loire » aménageait le duit en y installant des baraquements destinés à recevoir les enfants pendants les vacances scolaires. Par la suite, pour faciliter l'accès, la mairie construit un escalier reliant le duit au milieu du pont Joffre. Devant le succès de ce site, elle consacre en 1937 un budget de 75 000 francs à la construction « d'une baignade dans le petit courant et une autre dans le grand courant. Cette dernière, plus spécialement destinée aux adultes, comportait des filets métalliques de protection, des sautoirs, des pontons, etc. »

En complément, des buses sont percées dans le duit afin de maintenir suffisamment d'eau dans le petit courant et une brigade de sauveteurs en canots à moteur est formée pour assurer la sécurité des baigneurs. Dans le même temps, une seconde plage est aménagée au niveau de l'Île Arrault. Elle aussi très fréquentée, elle souffrira néanmoins de la proximité de l'égout de l'usine de la Société orléanaise d'assainissement. Ces investissements conséquents pour profiter des joies de la plage à deux pas du centre de la ville portent leurs fruits puisque « c'est par centaines que, chaque jour, les Orléanais se sont rendus aux plages qui, grâce à une propagande habilement faite par le Syndicat d'initiative, ont vu venir à elles de nombreux parisiens et de nombreux habitants des villes et communes voisines. » L'engouement pour les baignades en Loire est tel, qu'en 1938, le conseil municipal envisage très sérieusement de demander à l'État le classement d'Orléans comme station de tourisme balnéaire. Une requête visiblement demeurée sans suite...

Tenues correctes exigées

plongeoirUne telle ruée sur le sable blanc de la Loire ne va évidemment pas sans entraîner nombre de désagréments et de protestations. Les pêcheurs se plaignent ainsi des baigneurs qui envahissent leurs coins favoris. Les riverains des plages comme les habitants de Saint-Marceau écrivent au maire en 1929 pour dénoncer les « quelques baigneurs et charmantes ondines qui sous prétexte de donner à leur épiderme une teinte bronzée, actuellement très à la mode, prennent trop de liberté avec le décolleté. » Ils ajoutent par ailleurs que « la nature a des exigences auxquelles nul ne saurait se soustraire indéfiniment, et comme il faut aller loin pour trouver des osiers, il est des gens qui ne se soucient pas assez de la présence de nombreuses mères de famille honnêtes et d'enfants pour lesquels les leçons d'éducation sexuelle ne sont pas encore obligatoires. »

L'atteinte aux bonnes moeurs est l'un des griefs les plus répandus contre les joyeux baigneurs ligériens qui parfois n'hésiteraient pas à se dévêtir dans les buissons et se montrer dans le plus simple appareil. En mai 1933, éclate même un mini-scandale, relayé dans la presse locale autour du « slip Apollon ». Dans un rapport de police transmis à la mairie, deux inspecteurs précisent « qu'aucun fait immoral n'a été constaté au cours de notre surveillance vis-à-vis des baigneurs qui s'habillent dans les bosquets d'osier (...) toutefois, nous avons constaté que plusieurs jeunes gens ne se servent pour se baigner que d'un petit caleçon appelé “slipp” (sic) qui cache juste les parties sexuelles et suivant l'avis de plusieurs personnes consultées, ce simple maillot pourrait amener certaines récriminations. » Autres temps, autres moeurs.

Servant tout à la fois de plage, de piscine, d'école de natation, les infrastructures installées sur le duit resteront en activité jusque dans le courant des années 50, avant d'être remplacées par les premières piscines « en dur » comme celle du quai du Fort Alleaume. La page balnéaire d'Orléans semblait alors définitivement tournée.

 

Sylvain Brient