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Orléans, marraine de Vauquois

Le 11 novembre 1918, l'Armistice est signé. Les cloches des églises de France sonnent pour célébrer la victoire. Mais pas à Vauquois, car il n'y a plus de clocher, ni de village. Après s'être battus pour Vauquois, les orléanais seront les premiers artisans de sa renaissance.

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Ça y est, la Der des Ders vient de s'achever après 4 ans d'horreur et plus d'1,3 million de morts côté français. La « zone des combats », qui couvre une bonne partie des départements de l'Est de la France, n'est plus qu'une plaie béante gorgée de fer et de sang. Les bourgades rayées de la carte se dénombrent alors par centaines. Rien que pour la Meuse qui comptait à l'époque 586 communes, les villages dévastés partiellement ou totalement sont au nombre de 334.

zone des combats

Vauquois est de ceux-là. Dès les premiers mois de 1919, une poignée d'habitants décident pourtant de revenir sur leurs terres classées pourtant en « zone rouge » – inexploitable car jonchée de ferrailles, d'ossements et surtout de munitions non explosées. Rien n'étant prévu pour les accueillir, ils trouvent refuge dans des baraquements à quelques kilomètres du village. Totalement démunis et menacés d'expulsion, ils ne doivent leur salut qu'au général Déprez, un enfant du pays qui va se faire le porte flambeau de la renaissance du village.

Solidarité avec les régions dévastées

devis de fournituresAprès l'Armistice, le gouvernement organise tant bien que mal le retour des populations civiles en créant le ministère des Régions Libérées, mais la tâche est énorme pour une administration saignée à blanc par les années de guerre et les moyens tardent à venir. Un élan de solidarité nationale et même internationale s'organise alors pour pourvoir aux besoins de première nécessité des populations.

C'est ainsi que dès le mois de juin 1919, Orléans lance une « souscription publique pour la reconstruction d'une commune ou d'un groupe de communes de la zone des armées où se sont plus particulièrement distingués ses régiments ». Relayée par la presse, cette initiative permet de collecter 41 266,75 francs auprès de la population orléanaise. Élus, commerçants, petits artisans, institutions, particuliers, chacun contribue en fonction de ses moyens à l'effort de reconstruction. Reste encore à attribuer cette somme, et les demandes d'assistance affluent de toutes parts, comme en témoignent les nombreuses lettres conservées aux archives municipales.

L'intervention du général Déprez auprès de Marcel Donon, adjoint au maire d'Orléans, va faire de Vauquois la filleule de la cité johannique en août 1919. « Les troupes du 5e corps y ont séjourné pendant deux ans au cours desquels elles ont soutenu de durs combats, écrit le général Déprez. Un grand nombre d'Orléanais sont enterrés à Vauquois et à Clermont-en-Argonne (…)Vauquois sera l'un des villages les plus visités par les habitants d'Orléans. On se propose de reconstruire, au bas de la Butte désormais historique de Vauquois, le village autrefois édifié sur la hauteur et de conserver cette butte en son état. Les habitants commencent à revenir en leur pays et ont besoin d'aide et d'assistance.»

Un retour difficile

Logés dans des baraques en bois et toile goudronnée – elles subsisteront jusqu'en 1950 –, les quelques familles revenues au village manquent de tout : literie, ustensiles de cuisine, moyens de chauffage, mobilier divers. Orléans passe aussitôt commande de ces fournitures indispensables auprès des grands magasins de la ville et les fait parvenir par chemin de fer. Malgré le danger des munitions enterrées (quelques habitants y perdront la vie), l'activité agricole doit repartir.

Vauquoisiens

On envoie aussi des semences, de la volaille, quelques cochons et des instruments de culture comme un tracteur « Gray », malheureusement trop lourd et inadapté à la terre d'Argonne. Le village de 1920 est un camp de réfugiés, sans rue, et composé d'une dizaine de maisons en bois qui abritent quarante-deux habitants. Grâce au soutien de l'évêché d'Orléans, une chapelle provisoire y est malgré tout inaugurée le 8 septembre. Pour rendre hommage à leur marraine, les élus de Vauquois achèteront une statue de Jeanne d'Arc, en janvier 1922, « pour orner (leur) misérable chapelle en bois ».

Trois ans après l'Armistice, la situation des Vauquoisiens reste des plus précaires, en raison notamment des lenteurs et du manque de moyens des pouvoirs publics comme en témoigne ce courrier du général Déprez, du 18 janvier 1922 : « D'après les lettres que je reçois, la situation a peu changé en 1921. La vie est dure actuellement. Des tempêtes de neige ont fortement secoué les baraques et il serait grand temps de les remplacer par des constructions plus solides (…) On a acheté une source et on est en pourparlers pour l'établissement d'une conduite d'eau, ce qui est vraiment nécessaire, car il y a, dans la côte au-dessus des sources utilisées actuellement, des centaines de soldats enfouis par les explosions de mines ».

Vauquois renaît

monument à la mémoire des combattantsEn 1923, la première maison en pierre est construite. Propriété de la famille Pérot, elle abrite un café fréquenté par les touristes et les pèlerins de Vauquois jusqu'en 1955. Suivra la maison du général Déprez, puis en 1928, la mairie et les écoles. Les plaies de la guerre se referment petit à petit.

En 1925, un monument est élevé à la mémoire des combattants et des morts de Vauquois au sommet de la Butte. Cinq mille personnes en graviront les pentes pour assister à son inauguration, le 26 juin 1926. Invité à la cérémonie, le maire d'Orléans, Théophile Chollet, salue la mémoire de ses concitoyens tombés lors de cette guerre « atrocement meurtrière, guerre de grenades, de crapouillots et de mines ». En 1927, il devient même parrain de l'une des cloches de la nouvelle église de la commune, aux côtés du général Déprez, de M. Boutaud, architecte du village, et de trois jeunes filles du pays.

Petite commune d'une trentaine d'habitants, Vauquois est encore de nos jours très attachée à sa marraine de guerre. Une gratitude célébrée par « la rue d'Orléans » qui traverse le village et soulignée, chaque année en juin, par des cérémonies commémoratives se déroulant sur ces pentes où tant d'Orléanais sont tombés.

© photos collections de Fernand Guyard et des Amis de Vauquois

Sylvain Brient

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Les Amis de Vauquois et de sa région
1, rue d’Orléans
55270 Vauquois
03 29 80 73 15
site internet

sources :

  • Archives municipales - série H 1931
  • "La butte meurtrie Vauquois" oeuvre collective des Amis de Vauquois, 2004