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Léon Delagrange : merveilleux fou volant

À 35 ans, ce fils cadet d'un manufacturier de couvertures orléanais est l'un des dix pionniers de l'aviation moderne aux côtés des Blériot, Farman, Santos-Dumont. Parcours d'un drôle d'oiseau qui ne se fiait qu'en ses passions.

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Le «Dandy Volant »

léon de lagrangeUne artère porte son nom à Rome, une autre à Milan, une à Paris, une autre encore à Orléans sa ville natale où, curieusement, le personnage semble avoir laissé peu de traces. Léon Delagrange est une de ces étoiles filantes, dont la trajectoire se perd dans la nuit, à peine vue, aussitôt disparue. Pourtant à 35 ans il est l'un des dix pionniers de l'aviation moderne, aux côtés des Blériot, Farman, Santos-Dumont, Wright ; un de ces fous géniaux qui parient que la conquête du ciel se fera – loin des ballons – avec un engin plus lourd que l'air : « l'aéroplane est destiné, selon moi, à devenir la bicyclette volante de la future atmosphère. »

D'octobre 1907, où il prend pour la première fois les commandes de son biplan sorti des ateliers des frères Voisin, au 4 janvier 1910, jour où il s'écrase à Bordeaux, Léon Delagrange multiplie les sorties à Issy-les-Moulineaux, à Juvisy-sur-Orge (l'un des tout premiers aérodromes au monde), en Italie, en Belgique et accumule les records. Histoire peu banale d'un « dandy volant », comme le surnomme aujourd'hui Olivier Delagrange, l'un de ses cousins parti à la recherche de ce héros oublié qui fit ses débuts dans les airs en nœud pap et veste blanche, petit bonnet de laine gris sur la tête.

Pas de couverture

Ferdinand Léon, deuxième des trois enfants d'un riche manufacturier de couvertures Orléanais, naît faubourg Madeleine un vendredi 13 mars 1872. Doué pour les arts et le sport, le jeune Delagrange ne brille pas particulièrement dans les études. Pour le père, le destin du fils est tout tracé, il entrera comme son aîné à la manufacture. Mais Léon préfère Paris et les Beaux-Arts.

En 1898, il installe son atelier de sculpture près de Montmartre. À ses côtés, un autre personnage hors du commun, Thérèse Peltier, sculpteur orléanais, que les Italiens appelleront plus tard la prima donna des airs et son jeune fils, Jean. Léon qui commence à se faire un nom dans la sculpture fréquente les cercles mondains parisiens. C'est là qu'une autre passion naît qui va tout emporter : voler.

« Ce que j'aime chez lui, c'est cette passion qui le guide, explique aujourd'hui Olivier Delagrange, d'abord il fait le choix de la sculpture alors qu'il aurait pu se glisser dans la carrière toute faite que son père lui offrait, et puis il abandonne tout du jour au lendemain pour se jeter à fond dans l'aéronautique. »

Art et aéronautique

Léon DelagrangeLe déclic ? Les vols de 60 et 220 m de Santos-Dumont à l'automne 1906. Depuis quelque temps Léon Delagrange bricolait des plans d'aéroplane dans son atelier, là, preuve était faite que « le plus lourd que l'air » pouvait voler et, lui, Léon Delagrange, volerait.

L'un des premiers partis à la conquête du ciel, Delagrange expérimente aussi la dure loi des pionniers. Commandée 36.000 € en décembre 1906 aux frères Voisins, sa machine réalisée selon leurs plans n'est réellement au point qu'à l'été 1907 et il n'en prend les commandes qu'à l'automne 1907. Farman est alors aux commandes d'une machine identique, commandée elle aussi aux frères Voisin ; il lui soufflera le record du kilomètre.

Qu'importe, il en faudrait plus pour stopper le brevet de pilote n°3 de la fédération aéronautique internationale, amoureux des courses et de leur émulation qui fait avancer la conquête du ciel. Il battra d'ailleurs son « rival » le 21 mars 1908 à Issy-les-Moulineaux avec un 1 500 m en 2 mn 30 (biplan Voisin - Delagrange II).

Tours de pistes

Léon DelagrangePuis, c'est le départ pour l'Italie avec Thérèse Peltier, qu'il propulse au rang de première femme volante. Milan, Rome Turin… Léon décroche le 30 mai 1908 à Rome le record du monde de distance et de durée : 12,7 km en 15 mn et 26 secondes (biplan Voisin - Delagrange III). Il était temps, la foule impatiente, menaçait de caillasser son héros ! Le 22 juin à Turin, c'est le délire, Delagrange bat son propre record : 17 km en 16 mn 30… Retour à Issy-les-Moulineaux, et nouvelle série de records dont le record du monde de vitesse du kilomètre en 1909. Belgique, Angleterre, sur son monoplan Blériot au moteur gonflé, (le même qui permit à son constructeur de traverser la Manche), Léon tourne toujours plus vite jusqu'à la chute.

Dans le sillage des premiers défricheurs de l'air, d'autres suivent : fin 1910 c'est la folie des meetings aériens aux Groues, à Cercottes, Sandillon, Gien, Châteauneuf-sur-Loire, le ciel est ouvert et la foule se presse pour regarde passer les drôles d'oiseaux...

B. Estrade

c'est pratique
à lire

Léon Delagrange "le dandy volant"
Olivier et Yolande Delagrange
Éditions Larivière