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Jean Zay, républicain méconnu

Député à 27 ans, ministre à 31 ans, prisonnier politique à 36 ans, assassiné à 39 ans : l’itinéraire de Jean Zay est dense, fulgurant et tragique. Retour sur le parcours d’un homme hors du commun, devenu au fil du temps une figure de légende pour les Orléanais.

infos pratiques
une carrière hors du commun

Né le 6 août 1904 à Orléans, d'un père lorrain d'origine juive et d'une mère issue d'une famille protestante orléanaise, il fut un brillant élève au lycée Pothier, puit il devient journaliste au Progrès du Loiret, le quotidien radical que dirige son père, avant d'entamer en 1928 une carrière d'avocat au barreau d'Orléans. Il y traite quelques difficiles procès d'assises tout en continuant à militer activement au parti radical, où il relance la section d'Orléans des Jeunesses laïques et républicaines. Situé à l'aile gauche de son parti, favorable à l'alliance avec les socialistes, ses amis se nomment Pierre Cot ou Pierre Mendès-France. En 1932, un an à peine après avoir épousé au temple Madeleine Dreux, dont le père tient une entreprise de peinture et papiers peints rue des Carmes, Jean Zay, est élu député du Loiret.

l'homme à abattre

Juif, franc-maçon initié à la loge Etienne Dolet, partisan de l'union des gauches et du soutien à l'Espagne républicaine, anti-munichois, Jean Zay est à peine entré en politique qu'il est déjà, pour une certaine droite, l'homme à abattre. Pourtant, son parcours n'est pas celui d'un militant révolutionnaire qui voudrait mettre fin au régime capitalisme. Comme l'écrit l'historien Antoine Prost : « Pour Jean Zay, la République repose avant tout sur le civisme et l'intelligence des citoyens, c'est-à-dire sur leur éducation intellectuelle et morale. (...) Contre la conservation sociale mais aussi contre les utopies révolutionnaires, la politique est ce mouvement par lequel l'humanité s'approfondit et devient en quelque sorte plus digne d'elle-même. »

un ministre visionnaire

léon blum

Nommé ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts de juin 36 à septembre 39, il est le plus jeune membre du gouvernement de Léon Blum (chapeau levé sur la photo). Partisan de l'école unique et de l'égalité des chances pour tous, il instaure la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans, l'harmonisation des programmes et le rapprochement des filières. L'orientation se fait selon les goûts des élèves, les effectifs sont réduits, l'éducation physique devient obligatoire et l'après-midi de plein air est créée. Par deux circulaires, Jean Zay s'inscrit contre les propagandes politiques et religieuses à l'école. Son action dans le domaine culturel et scientifique est tout aussi novatrice : aide à la création du CNRS, démocratisation des musées, politique de la lecture et défense d'un droit d'auteur, projet de statut du cinéma et d'un festival de Cannes...

mort pour la France libre

Jean Zay et Eugène TurbatQuand il démissionne de son poste de ministre pour rejoindre l'armée et s'embarquer le 20 juin 1940 avec 27 autres parlementaires pour continuer à servir la France depuis le Maroc, le régime de Vichy s'empare de l'événement pour faire de Jean Zay et de ses amis des fuyards et des déserteurs. Arrêté le 16 août 40 à Rabat, dans un climat terrible d'hostilité à la République, il est condamné, le 4 octobre, à la déportation à perpétuité» après un simulacre de procès. Le 20 juin 44, Jean Zay est assassiné par des miliciens lors d'un transfert de prison. Il faudra pourtant attendre jusqu'en 1994 pour que la vérité historique soit clairement établie. Jusque-là, les élèves du lycée Jean Zay pouvaient lire cette drôle d'inscription sur une plaque commémorative posée en 1954 : « victime de la barbarie nazie, mort pour la France ».

Ni mémoire de la résistance comme de Gaulle ou Jean Moulin, ni mémoire de la déportation, figure politique d'un parti qui se délite après la guerre : si l'action de Jean Zay est encore mal connue, c'est comme le dit aujourd'hui sa fille Hélène « parce qu'il était au coeur de la question de Vichy ».

Brigitte Estrade

c'est pratique
à lire

Jean Zay, la vie et l'ouvre
Marcel Ruby
Ed. Corsaire

Souvenirs et Solitude
Jean Zay
Ed. Talus d'approche

Chroniques du Grenier
Jean Zay
Ed. L'Ecarlate

 

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