Orléans
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De la santé à la culture
Le 16 rue de la République est un lieu chargé d’histoire. Symbole de l’évolution d’une société, l’emplacement occupé de nos jours par la Fnac abrita, en son temps, une clinique où nombre d’Orléanais ont vu le jour. Récit.
Naissance du bâtiment
C’est au 15e siècle que fut édifié ce bâtiment original, à la demande de Jean de Gourville, grand officier de la Couronne, dans une rue qui commençait place du Martroi pour finir rue de la Bretonnerie. Cette rue fut rebaptisée à son nom peu de temps après.
Rachetée en 1690 par la famille Colas, la demeure cesse aux alentours de 1775 d’être la résidence privée de riches orléanais pour accueillir la « Manufacture Royale de Bonneterie » jusqu’à la Révolution, puis un pensionnat de jeunes gens, de 1830 à 1848.
À partir de 1857-1858, les Soeurs Dominicaines de la Présentation – appelées aussi Soeurs de la Congrégation de la Sainte Vierge de Tours – demandèrent à fonder un établissement à Orléans. Elles acquirent l’hôtel aux environs de 1862 pour en faire dans un premier temps un foyer familial accueillant des jeunes domestiques sans asile et sans ressource – transféré au 11 rue d’Escures en 1896 – puis une maison de santé, baptisée clinique de la présentation uniquement à partir de 1950. À la fin du 19e siècle, au moment de la percée de la rue de la République, construite afin de mettre en communication directe la gare et le centre-ville, la vie des religieuses se trouva totalement bouleversée. Suite aux nombreux travaux mutilant la rue de Gourville et la coupant en deux, le portail monumental vint à disparaître tout comme les communs, à l’ouest de l’ensemble architectural ; seul le bâtiment principal, à l’est, ne subit aucun heurt. La clinique conserva alors sa belle façade située sur la cour intérieure. Remplaçant l’ancien portail, un frontispice à caractère religieux fut aligné sur la voie nouvellement percée. Désormais, la bâtisse prenait place au 16 rue de la République.
En ce début de 20e siècle, comprenant 3 étages et une maternité, la clinique possédait une excellente réputation grâce à la gestion sans faille d’une quinzaine de religieuses totalement dévouées à leurs patients. Très à cheval sur la propreté et travaillant sans relâche de jour comme de nuit, elles s’étaient réparti leurs missions de manière équitable : une mère supérieure dirigeant la clinique, une sœur comptable, une affectée à la buanderie, une aux cuisines, une au bloc opératoire et une autre à chaque étage de l’établissement... Sœur Raymond de Capoue, 92 ans aujourd’hui et coulant une retraite paisible à Amboise, se rappelle non sans émotion : « infirmière de formation, je suis arrivée à la clinique en 1956 au service du Dr Héronce. L’équipe était formidable et une confiance mutuelle régnait entre nous. » Elle qui avait la charge d’une vingtaine de malades dans le service de chirurgie digestive, n’a pas oublié ces vingt années passées à la Présentation.
Vers 1955, la maison de santé fut modernisée et surélevée d’un étage, tandis que la façade datant du 17e siècle était définitivement modifiée. « J’ai intégré la clinique en 1966, se souvient le Dr François-Xavier Henry, en tant que chirurgien orthopédiste. À l’époque, nous n’étions que quatre médecins, la chirurgie orthopédique, la chirurgie digestive, l’urologie et l’oto-rhino-laryngologie constituant les spécialités de la clinique. Les sœurs géraient l’établissement dans un gant de fer, nous faisant sentir qui commandait, mais nous travaillions tous en bonne intelligence pour le bien des patients. » Les premières difficultés apparurent après 1972, quand les soeurs durent fermer la maternité qui ne rapportait pas assez d’argent. « Bon nombre d’Orléanais nés avant 1970 ont vu le jour à la clinique, sourit le Dr Henry. Après cela, les 20 lits de la maternité furent transformés en lits de chirurgie. »
Un nouveau départ
Peu à peu, les soeurs vieillissantes durent prendre leur retraite, comme Soeur Raymond de Capoue ou Soeur Joséphine, « une Italienne dotée d’un sacré tempérament qui n’hésitait pas à crier après les chirurgiens dans le bloc opératoire », confie le médecin. « Les nouvelles soeurs, plus jeunes, plus modernes et sûrement moins compétentes, n’avaient pas le même esprit que leurs prédécesseurs. Rapidement, tout s’effondra. » En 1977, en raison de la difficulté à recruter de nouvelles soeurs, la congrégation religieuse annonça son désir de vendre le fond d’exploitation – lits, matériel médical et surtout autorisation de soigner les patients – tout en restant propriétaire des lieux. Une nouvelle qui suffoqua les quatre médecins. « Nous ne voulions pas perdre notre outil de travail alors nous avons décidé de nous serrer les coudes. Après avoir monté notre société, nous avons fait un emprunt et racheté le fond de commerce », raconte le Dr Henry. Une entreprise de taille !
« La 1re année fut assez difficile, se remémore le Dr Daniel Berteaux, arrivé en 1977 à la clinique de la Présentation. Le bâtiment me paraissait vétuste et assez déprimant. Aussi, on opérait très souvent de 7h30 du matin jusqu’à 22h le soir, accomplissant en une seule journée le travail effectué en une semaine dans d’autres cliniques. » La tâche la plus ardue consista à embaucher du personnel. Il fallut remplacer chaque soeur par trois infirmières tant les religieuses, autonomes et très besogneuses, avaient assumé à elles seules une immense somme de travail ! « Ensuite, les choses se passèrent beaucoup mieux, continue le Dr Henry. Nous avons embauché de nouveaux médecins et même si nous ne travaillions pas dans des conditions optimales – on rentrait en civil dans le bloc opératoire et on s’y changeait – nous n’avons eu à déplorer quasiment aucune infection nosocomiale. » Un prodige pour l’époque ! La capacité de la clinique passa même de 85 lits à 98.
Dès 1980, la donne changea une fois de plus suite à la décision des religieuses de vendre les murs. Signe du destin, fin d’une époque ? Toujours est-il que les médecins choisirent de fonder une toute nouvelle clinique, bien plus grande et fonctionnelle que celle de la rue de la République. « Il fallait aller de l’avant », résume le Dr Henry. Grâce à la création de la société anonyme immobilière « le clos de Longuève » présidée par le Dr Berteaux, ils achetèrent un emplacement situé à Fleury-les-Aubrais pour s’y établir. Le déménagement eut lieu en avril 1983. Le bâtiment fut alors racheté par des promoteurs et totalement détruit pour accueillir le magasin Fnac, ouvert en septembre 1985. « Au moment de la démolition de l’ancienne clinique, j’ai ressenti un pincement au coeur », avoue le Dr Berteaux. Pour autant, ce lieu emblématique pour la ville continuera de vivre à travers les milliers d’Orléanais qui y ont vu le jour.
E.Cuchet

